Portée par l’allégorie, Ségo s’emmêle les pinceaux dans la pucelle

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Dans le numéro du 25 octobre du Parisien Magazine,  Ségolène Royal pose en liberté guidant le peuple, et elle « entend déjà dire qu’elle se prend pour Jeanne d’Arc ». C’est ce que nous rapporte Le Lab E1.

Aïe. Ségolène entend déjà des voix, mais comment lui dire  ? « La liberté guidant le peuple », ce n’est pas précisément Jeanne d’Arc. Lorsque Delacroix a peint son célèbre tableau, ce n’est pas à la pucelle d’Orléans qu’il pensait. Il évoquait une toute autre femme, une figure féministe de la révolution française, Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt.

« Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage, / Excitant à l’assaut un peuple sans souliers, / La joue et l’œil en feu, jouant son personnage, / Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers ? »

Je ne sais si vous connaissez Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt. Une icone. La 1ère figure de Marianne. Celle-là, donc, à qui Baudelaire dédiait ces magnifiques vers, dans une fleur du mal intitulée Sisina.

La fraternelle du Poitou se prend donc pour Théroigne de Méricourt. Pour la première Marianne. Ségo se voit en allégorie.

Ségo, faut que je te le dise. Se prendre pour Théroigne de Méricourt, c’est dangereux.

Parce qu’avant et après la séquence icono-révolutionnaire, Anne-Josèphe, c’est un numéro.
Avant que la révolution n’éclate, Théroigne de Méricourt est connue pour ses mœurs libres, et ses revendications libertines, au point qu’elle prête son nom au « Catéchisme libertin à l’usage des filles de joie et des jeunes demoiselles qui se décident à embrasser cette profession ». Un ouvrage inspiré, que les curieuses et les curieux trouveront en accès libre sur la toile.

Mais c’est après les barricades que tout se gâte. « La belle liégeoise » devient « la furie girondine », tant et si bien qu’un soir de 1793, elle est prise à partie par des jacobines qui la rossent, la dénudent et la fouettent en public. Théroigne, que l’on dit déjà fragilisée par la culpabilité d’avoir fait massacrer Suleau un an auparavant, plonge dans la mélancolie, et son frère la fait interner à la Salpétrière. Ce qui la sauvera de la guillotine, mais pas de la folie. Elle vivra recluse 23 longues années, le plus souvent nue, s’aspergeant d’eau glacée pour se purifier.

Allez, bonne journée et toute ma fraternitude.

Ah oui, juste un dernier mot. Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt a eu beau finir folle, ce n’est pas à sa détresse que la Folie-Méricourt doit son nom. Na.

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