Savoir vraiment qui nous élisons

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Je raconte peu ma vie professionnelle, il y a d’autres endroits pour ça. Mais à certains moments, la vie professionnelle rejoint l’engagement citoyen. Et aujourd’hui c’est le moment d’en parler. Depuis presque 2 ans, je suis « collaborateur parlementaire » comme le dit ma convention collective. D’un des rares députés écologistes français, Christophe Cavard, député de la 6ème circonscription du Gard.
Christophe est reparti en campagne, pour un second mandat qu’il veut être le dernier. Pour un collaborateur, avoir son député en campagne est un moment bizarre. La loi nous empêche d’être des acteurs de premier plan de cette campagne. C’est une question d’équité entre les candidats. Je la suis de très près, mais je la vis avec une certaine distance, même si, heureusement, rien de m’interdit ni d’échanger continuellement, ni d’être présent en dehors de mes heures ou mes jours de travail.
Christophe est élu dans une circonscription découpée à l’origine pour la droite. Elle regroupe une bonne partie de Nîmes, la majeure partie de l’Uzège, et des communes périphériques nîmoises, autour de Marguerittes. Elle est donc très hétérogène. Sa partie périphérique est marquée par le vote d’extrême-droite. Marine Le Pen a fait, dans certains de ces villages, plus de 45 % au premier tour de l’élection présidentielle. A l’opposé, mais tout à coté, l’Uzège est une terre écolo, même si Uzès est une ville bourgeoise dirigée par le même maire de droite depuis des décennies. Et la partie nîmoise, qui va du quartier prioritaire du Mas de Mingue au centre historique, et jusqu’aux no man’s land commerciaux le long de l’autoroute, est en plein changement culturel et associatif.
13 candidats se disputent le siège de député. 4 ou 5 ne sont là que pour tenter de récupérer du financement public, en faisant le pari de récolter 1 % dans 50 circonscriptions. L’un n’a même pas déposé de bulletins et de professions de foi. Le candidat LR est filloniste, le candidat en Marche est Modem. La candidate FN est une cumularde (conseillère municipale, métropolitaine et régionale), mais on ne connaît le son de sa voix dans aucune assemblée où elle siège. Elle est flanquée d’un suppléant qui n’est autre que le maire FN de Beaucaire, qui n’est pas dans la circonscription. Il n’y a d’ailleurs pas mis les pieds de toute la campagne. C’est que, dans cette circo, l’influence du FN est en baisse depuis 2012. Faible à Nîmes, le FN recule dans l’Uzège au fur et à mesure que l’écologie grandit. Il n’y a que dans la zone périurbaine qu’il reste fort. Là, les gens râlent parce qu’ils sont pris à la gorge par les crédits du pavillon et de la surconsommation, et ceux qui ont fini de payer veulent pouvoir choisir leurs voisins. Pour le FN, il s’agit de ne pas perdre encore des voix, alors qu’ils ont un candidat Debout la France et un dissident identitaire en concurrents.
Les « Insoumis » ont fait la guerre au défunt Front de gauche, comme partout ailleurs, et ils partent séparément. La dérive populiste des insoumis les amènent à vouloir éradiquer toute concurrence à gauche avant tout autre objectif politique. EELV a mis une candidate, qui était pourtant plutôt de celles qui comprenaient que Christophe ait claqué la porte en 2015. Là aussi, il faut faire rentrer des sous dans la caisse, quitte à faire perdre son camp.

Comme ailleurs, il n’y a pas eu de confrontations entre les candidats. Le « marcheur » Modem a été nommé très tard, et il compte sur l’ « effet de marque ». Le filloniste est isolé depuis la catastrophe industrielle du 1er tour de son chef. L’insoumise croit dur comme fer qu’il y aura encore plus de gens qui iront voter pour elle qu’il n’y en a eu pour Mélenchon. Et le FN se dit que si tout ce petit monde se neutralise, sur un malentendu, il peut faire de leur ectoplasme une députée.

Christophe n’est plus membre d’un parti. Il est soutenu par la gauche socialiste et écologiste « de gouvernement », et il assume de vouloir travailler avec Nicolas Hulot, et de s’opposer à ce à quoi il s’opposait déjà avant : la destruction du code du travail, la financiarisation de l’économie, le tout-sécuritaire. Il fait donc campagne sur ses convictions et ses compétences, sans effet de marque ou de référence à un leader.
J’ai fait et j’ai vu beaucoup de campagnes électorales, et celle-ci est très certainement la meilleure que j’ai pu observer. Les documents de campagne de Christophe sont construits, plein de fond et de pédagogie. Ils sont, il faut le dire, le fruit du travail mené ces cinq dernières années. Comme tous les députés écolos, Christophe a un très bon bilan parlementaire, et pas seulement sur le papier. Et encore, ces indicateurs publics ne tiennent pas compte des 3 commissions d’enquête parlementaire qu’il a présidé ou animé, des centaines d’auditions qu’elles représentent, durant les 20 mois qu’elles ont duré.
Par un paradoxe apparent, Christophe l’écologiste est devenu un pilier de ces questions cruciales que sont la lutte anti-terroriste et la prévention de l’embrigadement. Parce qu’il fallait quelqu’un pour donner une position d’équilibre, une position juste.  Mais son engagement écolo reste axé sur la transition écologique et solidaire. C’est un type qui aime le terrain, le contact, les avancées concrètes et les politiques pragmatiques. Parce que, là aussi, il faut des députés écolos pour dire que l’on préfère le juste échange au libre échange, et l’avancée concrète – et sans retour – à la promesse du lendemain planifié qui chante.
Mais depuis plusieurs semaines, on nous serine dans tous les médias qu’il y aura une irrésistible vague de marcheurs inconnus qui vont squatter les bans de l’Assemblée. Comme un fait établi, une chose entendue.
J’ai du mal à y croire. Et quand je doute, je lis. Je lis, par exemple, dans la dernière livraison de l’enquête électorale du CEVIPOF, effectuée depuis des mois sur 15000 personnes (le sondage à 650 peut grave se faire hara-kiri), que 37% des sondés déclarent vouloir voter pour ou contre Macron. Pour ou contre… Et que 63% des sondés voteront pour le ou la candidate, son caractère, ses compétences, ses convictions.
Du coup, je me dis que ce pays n’est peut-être pas devenu dingue. Que les citoyens ont peut être envie d’être représentés par des gens qui incarnent des convictions et des projets, pas des candidats incapables de parler par eux-mêmes.
Parce que, bordel, un député godillot, y’a rien de pire. Que notre démocratie meurt de l’écrasement du pouvoir parlementaire par l’exécutif, que beaucoup a été fait dans cette législature pour rendre l’activité plus transparente (c’est d’ailleurs ce qui explique les scandales qui touchent Fillon, le Fn ou le Modem), et que le populisme ou le jupitérisme ne peuvent pas tout balayer. Parce que sinon, l’urne électorale finira par se transformer en urne funéraire.
On verra ça dans 48 heures. Mais j’ai quand même un peu les boules du matraquage médiatique auquel on assiste depuis des semaines.
Mais je crois que mes concitoyens ne marchent pas jusqu’au bout. Qu’ils ont envie de savoir qui ils élisent. Pas des savonnettes avec un tampon de marque dessus. Mais de vraies personnalités.

Une dernière chose. Le titre de ce billet est un pillage en règle du titre d’un spectacle aussi long que fascinant de Sébastien Barrier, une ode au plus écolo des vins, les vins natures, « Savoir enfin qui nous buvons« . La révolution du pinard. Durant toute cette campagne, Christophe et son équipe on servi du vin nature à chaque rencontre, le vin des Reboul, à Uzès.

Et encore une dernière chose : derrière certains des liens de ce billet, il y a de vraies enquêtes, ou de vrais points de vue fouillés. Ça peut faire mal à la tête, surtout quand tu ne bois pas du vin nature.

Et encore une dernière chose, dernière dernière. Si tu habites entre Nîmes et Uzès, à Gambetta, au Mas de Mingue, à la Cité des Espagnols, à Marguerittes, à Manduel, à Saint-Quentin-la Poterie, à Uzès-le-duché, à Poulx, à Ledenon, à Sanilhac-Sagriès, à Saint-Gervasy, n’hésite pas, fais toi plaisir, vote pour Christophe Cavard, le bonhomme sur la vidéo, là :

 

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