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Au printemps, le ginkgo renaît toujours

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Je voudrais remercier toutes celles et ceux qui nous ont soutenus, aidé, encouragé pendant cette campagne municipale. Pour moi et pour mes camarades écologistes Jacqueline et Marie, c’était une dure campagne. Nous n’étions pas à l’endroit où nous aurions voulu être. Cette stratégie n’était pas la nôtre. Nous l’avons subie et assumée par loyauté. Mais ce n’était pas la stratégie qui nous semblait la plus efficace pour transformer cette ville et son territoire par un projet écologiste, durable, solide. Comme elles, j’ai mis toute l’énergie que je pouvais mettre, loyalement, pour tenter des choses de l’intérieur, contrer l’apathie, les verrouillages et les blocages d’une société montpelliéraine qui a du mal à croire en son avenir, et poser les fondations d’un autre débat politique. Je l’ai fait en croyant que c’est possible, comme ça je peux me regarder dans la glace.

Je prendrais le temps de faire un bilan plus détaillé dans quelques jours, et de raconter un peu comment j’ai vécu les choses de l’intérieur, parce que je crois qu’il est essentiel de dire comment les choses se passent.

Philippe Saurel a gagné, au terme d’une campagne dans laquelle il a su indéniablement trouver l’angle du moment, et la stratégie la plus efficace pour l’imposer.

Je le félicite : il a su se mettre à l’écoute de la ville, et entendre le ras de bol des Montpelliérains face aux pratiques clientélistes qui touchent tous les appareils politiques montpelliérains, y compris EELV. Il s’est passé peu de journées pendant cette campagne où je n’ai pas entendu ce ras-le-bol.

Il s’est également passé peu de jours sans que je n’entende une vraie interrogation sur le devenir de la ville. Je regrette profondément qu’aucun véritable projet écologiste n’ait émergé dans cette campagne, et qu’il n’y ait pas eu de bulletin vert à mettre dans l’urne au 1er tour.

Fort de son hégémonie sur le groupe local EELV de Montpellier, Mustapha Majdoul a mis en œuvre des combinaisons politiques à courte vue, entraînant la quasi-disparition de l’écologie politique dans cette ville, alors que nous étions en mesure de porter un projet écologiste qui aurait pesé dans le débat. Cette stratégie, ici comme à Marseille, a été sévèrement sanctionnée dans les urnes dès le premier tour. Alors même que, dans toutes les grandes villes où les écologistes se sont présentés sur un projet autonome, leurs idées ont progressé dans l’opinion comme dans les futurs gouvernements locaux, EELV, qui avait 3 conseillers municipaux dans l’opposition lors du dernier mandat, en aura 1, toujours dans l’opposition. Quelle débandade. Il faudra en tirer toutes les conséquences.

Il faut maintenant reconstruire l’écologie politique à Montpellier. C’est un travail de fond, et d’abord un travail sur les dossiers. Les écologistes exerceront leur vigilance dans la mise en œuvre des engagements du nouveau conseil municipal, et du nouveau conseil d’agglomération.

C’est aussi la nécessité d’ouvrir le débat, beaucoup plus largement. Face à cette défaite des systèmes partisans, il n’y a qu’une alternative : tenter de reconstruire un système identique sur les cendres de celui qui vient de mourir, ou profiter du seul acquis de cette campagne d’union, la transversalité des pratiques, pour permettre à une génération de démocrates de préparer un autre projet pour la ville. Un projet fondé sur la transparence démocratique, la sobriété des finances publiques, la gestion durable de nos ressources, la transformation de l’économie locale autour d’un projet durable. L’écologie est une alternative globale. Elle ne se construit ni par la révolution, ni par l’incantation, encore moins par le greenwashing. Elle se construit en pollinisant, en montrant qu’elle est possible au quotidien. Ni par des accords d’appareils, ni par l’enfermement dans des niches confortables et minoritaires, mais par le débat, et la sincérité des engagements.

C’est le moment. Au printemps, le ginkgo renaît toujours, et bourgeonne.

*«Et pourquoi le ginkgo?» me demande-t-on. Parce que le ginkgo est un arbre légendaire, fossile, rescapé des ères précédentes, et qu’il renaît toujours. A Hiroshima, le premier signe de renaissance de la vie fut le bourgeon d’un ginkgo, que le feu nucléaire n’avait pas pu détruire. Les premiers ginkgos français ont été implantés à Montpellier, au jardin des plantes.

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Une économie de la culture, pas de la culture à l’économie

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Depuis plus de 10 ans, l’essentiel de mon activité professionnelle s’est résumé à une seule chose : construire les conditions du développement d’une économie de la culture. Faire en sorte que l’on reconnaisse les structures culturelles et artistiques comme des entreprises artistiques. Avec leur spécificité, mais également avec leur besoin d’entreprises. Il a fallu d’abord imposer cette idée au sein d’un secteur qui y était majoritairement rétif. Puis il s’est agi de convaincre les puissances publiques que la culture était une économie.

J’ai fait ça au détriment de toute rentabilité économique, sans concession, dans une utopie d’entreprise militante. J’y ai laissé énormément de plumes, mes associés se sont épuisés à me suivre, et ils avaient raison, tant nous avions l’impression de prêcher dans un désert.

Les choses ont changé, le rapport Filipetti a fait sauter des verrous, certes. Mais sur le terrain, les choses vont lentement.

Je me suis engagé dans cette campagne municipale avec le sentiment que cela devenait possible, que le moment était peut-être venu. Et que cette dimension des politiques culturelles est de toute façon devenue une urgence, parce que les fonds publics dédiés à la culture vont continuer à stagner, et qu’il faut trouver ailleurs les moyens d’une viabilité économique des entreprises artistiques et culturelles.

Dans le dialogue avec Jean-Pierre Moure et Nicole Bigas, j’ai trouvé, pour la première fois dans cette région, un responsable politique qui non seulement comprenait ce que je disais, mais qui était convaincu que la culture est une économie, et qu’il faut aussi l’aider comme telle. Qui comprenait que faire de la culture à l’économie était une impasse, et qu’au contraire, il fallait construire les outils pour développer l’économie de la culture, accompagner le développement des entreprises artistiques, inventer les outils pour le faire.

Le programme culturel de cette liste n’est pas parfait. Aucun programme n’est parfait. Mais les dimensions de l’emploi culturel et de l’économie de la culture ne sont pas traitées comme une priorité parmi d’autres. Elles sont au cœur du projet.

Elles sont au cœur de la réflexion sur le soutien aux entreprises artistiques, sur les outils d’accompagnement, « les incubateurs », qui, bien sûr, ne ressembleront pas aux incubateurs de start-up existants, mais s’appuieront sur un savoir-faire éprouvé. J’ai vu tant de projets artistiques de talents éclore dans cette région, et buter sur un plafond de verre, parce que les compétences en gestion, en communication, la connaissance de l’économie spécifique de telle ou telle discipline pêchaient. Les outils que nous voulons construire sont de cet ordre : permettre aux porteurs de projet artistiques d’être accompagnés sur les dimensions qui leur manquent pour percer. C’est ça le sens de l’incubateur. Et derrière ça, il y a l’idée forte que l’économie de l’art est une économie du risque et du prototype, et qu’on ne peut pas faire porter sur les seuls artistes l’intégralité du risque. C’est le rôle de la puissance publique, comme c’est son rôle dans les autres secteurs économiques. Aider les entreprises artistiques de talent, depuis le repérage des émergentes à l’accompagnement des confirmées sur les dimensions qui leur manque pour être viables.

Ces dimensions sont aussi au cœur de la partie du projet sur l’accès à la culture et la proximité. Bien sûr qu’il faut tenir un discours de la vérité, que les acteurs artistiques de ce territoire n’arriveront pas tous à vivre de leurs créations, que l’action culturelle, l’implication sur le territoire doivent aussi être valorisées, et que ceux qui font ça sérieusement doivent pouvoir en vivre même si la DRAC les ignore. C’est pour cela que l’on veut construire des conventions sur 3 ans, que l’on cherchera à consolider de l’emploi en réfléchissant aux complémentarités d’activité et de mission.

Et ces dimensions sont aussi au cœur de la réflexion patrimoniale. Avec un supplément d’âme. Que l’histoire de cette ville ne soit pas seulement une histoire pour touristes, mais que les Montpelliérains s’en emparent pour mieux être acteurs de leur ville.

Et pour tout ça, je peux considérer que le boulot a été fait dans la préparation de ce projet.

Ami-es artistes, cultureux de tous bords, soutiers de back-office, techniciens de spectacle ou cachetonneurs, je n’ai pas à vous dire ce que vous aurez à faire dimanche 23 mars.

Moi, j’irai voter pour la liste dans laquelle je suis engagé. La liste conduite par Jean-Pierre Moure. C’est la seule, à mes yeux, qui porte un projet et qui donne sens à nos futures politiques culturelles.


 

Comment ?

C’est comment qu’on vote ?

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Il y a un truc qui me chiffonne toujours, c’est le manque d’informations sur le comment du vote, l’organisation des élections, etc. Je trouve ça très symptomatique de la grande difficulté de la république à faire la promotion de la démocratie. Ou, si tu préfères, lecteur, je trouve que ça illustre bien la longue tendance de la république à accaparer la démocratie. Bref, les élections municipales, ça se passe à peu près comme ça :

On élit qui, aux élections municipales ?

On élit des conseillers municipaux, et des conseillers intercommunaux. Une fois les conseillers municipaux élus, ils élisent en leur sein le ou la Maire, puis les adjoint-es au maire. Les conseillers intercommunaux élisent le ou la présidente de l’intercommunalité, et les vice-président-es.

Le nombre de conseillers municipaux dépend du nombre d’habitants. C’est toujours un nombre impair, pour favoriser la présence d’une majorité. Ça va de 9 conseillers municipaux dans les communes de moins de 100 habitants à 69 dans les communes de plus de 300 000 habitants1. À Montpellier, il y aura 65 conseillers municipaux après les élections de 20142.

Les listes qui se présentent sont paritaires, il doit y avoir autant de femmes que d’hommes, même s’il y a souvent un homme de plus, par le fait du nombre impair et de… Bref.

Dans les communes de plus de 1 000 habitants, on vote pour des listes entières. Pour que le bulletin soit valable, il ne doit être ni raturé, ni annoté, ni comporter quelque marque que ce soit qui permettrait d’identifier l’électeur. Car le vote doit comporter l’incertitude du secret. Ça ne signifie pas que nous n’avons pas le droit de dire pour qui l’on a voté, ça signifie que ces déclarations doivent être assorties d’une incertitude, liée au passage dans l’isoloir. J’y reviendrai. Dans les communes de moins de 1 000 habitants, on peut panacher, mixer les listes. Un vrai bonheur à dépouiller.

Pour présenter une liste, il faut avoir le bon nombre de colistier-es, c’est à dire le nombre exact dans les communes de plus de 1 000 habitants. Et ces colistier-es doivent être inscrit-es sur la liste électorale de la commune.

Qui organise les élections ?

C’est la ville qui organise le scrutin, sous l’autorité du Préfet. Dans chaque bureau de vote, il y a 3 types différents de personnes :

– des employés municipaux, qui ont le rôle de secrétaires. Ils tiennent la liste électorale, les bulletins, les procès-verbaux, et généralement les clés de la pièce.

– un-e président-e. Nommé-e par le Maire, il est chargé de faire respecter la loi et notamment le code électoral.

– des assesseurs, nommés par les têtes de liste, qui assurent l’émargement des électeurs et le bon déroulement du scrutin.

Outre ces 3 catégories de personnes, les listes présentes peuvent désigner des délégués qui sont chargés de contrôler les opérations électorales.

Comment se passe le scrutin ?

Les 23 et 30 mars, les bureaux de vote ouvriront à 08h et fermeront à 20h à Montpellier. Si vous avez un doute sur votre bureau de vote, c’est ici que vous le trouverez.

Pour voter, vous devez vous munir d’une pièce d’identité. Si vous avez votre carte d’électeur, c’est un plus. Mais la pièce d’identité est obligatoire.

Vous pouvez prendre des bulletins sur la table prévue à cet effet, ou vous munir de ceux que vous avez reçus par la poste, si vous les avez reçus. Vous prenez aussi une enveloppe. ET VOUS PASSEZ OBLIGATOIREMENT PAR L’ISOLOIR. C’est ce qui protège la confidentialité de votre vote. Alain Garrigou explique tout ça merveilleusement, dans cet article : « Le secret de l’isoloir ».

Comment voter par correspondance ?

Si vous n’avez pas encore établi votre procuration, il faut vous dépêcher. Téléchargez-la. Trouvez un électeur de la commune qui accepte de voter pour vous, lui demander son adresse, date et lieu de naissance, profession, remplissez votre demande, et déposez-la vite dans un des ces lieux.

Comment connaît-on les résultats ?

Tout électeur peut participer au dépouillement du scrutin. S’il n’y a pas assez de volontaires, la présidence du bureau en désigne parmi les électeurs présents. Une fois le dépouillement terminé, la présidence du bureau proclame les résultats à voix haute, fait ranger la salle, et file au bureau centralisateur pour y remettre son procès-verbal. Et vite. Parce que les membres du bureau sont là depuis 7h30, qu’il sera pas loin de 22h quand tout sera fini, et qu’on est dimanche, quoi !

À la fin du 1er tour, les listes qui ont obtenu plus de 10% des votants peuvent se maintenir telles quelles au second tour ou fusionner avec une autre liste ayant obtenu plus de 5%.

À la fin du second tour, la liste arrivée en tête prend 50% des conseillers municipaux. L’autre moitié des conseillers est repartie à la proportionnelle des listes présentes au second tour. Ainsi, une liste qui fait 50% au second tour prend 50% des conseillers, et 50% de la moitié restante. Soit 75% des conseillers. C’est la prime majoritaire.

Allez voter.


  1. À Paris, Lyon et Marseille, il y a, en plus des conseillers municipaux, des conseillers d’arrondissement. A Lyon, 73 conseillers municipaux et 148 conseillers d’arrondissement, à Marseille, 101 conseillers municipaux et 202 conseillers d’arrondissement. À Paris, 163 Conseillers de Paris, qui sont aussi conseillers généraux, puisque Paris est à la fois une commune et un département, et 364 conseillers d’arrondissement.  

  2. La ville ayant passé le cap de 250 000 habitants, elle a gagné 4 sièges au conseil  

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C’est quoi, pour vous, être montpelliérain ?

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«Il n’est pas Montpelliérain». «Le maire de Cournonsec», «Il faut un maire montpelliérain pour Montpellier», «Les maires de Montpellier sont des universitaires».

Ces phrases, prononcées par deux têtes de liste pour les municipales de Montpellier, elles ne vous ont pas fait bizarre ? Moi, elles m’ont interrogé.

Bien sûr, je pourrais me dire que c’est juste une attaque ad hominem envers Jean-Pierre Moure. Mais, à bien y réfléchir, je crois qu’elles traduisent quelque chose de beaucoup plus profond, et de beaucoup plus inquiétant.

Derrière ces attaques, il y a comme une vision dépassée de la ville, antinomique de tout discours sur l’avenir. Ces phrases interrogent une double identité, celle de la ville et celle des Montpelliérains.

C’est quoi, pour vous, être montpelliérain ?

On est pas Montpelliérain parce qu’on est né ici, qu’on y a grandi ou qu’on appartient à une dynastie de barons de Caravètes. Ça, c’est du folklore.

Dire ça, penser ça, c’est être aveugle à une réalité sociologique qui a submergé la ville : 75% des Montpelliérains adultes ne sont pas nés à Montpellier. Si l’on voulait, à partir de la liste électorale, dresser le portrait robot d’un Montpelliérain électeur, on tomberait sur un ou une Montpelliéraine de 48 ans, née en Ile de France, en Paca, en Rhône-Alpes ou en Pays de Loire, installée depuis 5, 10 ou 25 ans dans cette ville. Ce portrait-là, c’est plus d’un électeur sur deux. C’est ça le Montpelliérain contemporain. Moi qui suis né à Lyon, qui ai 47 ans et qui suis là depuis 20 ans, je suis un Montpelliérain type, quand Domergue et Saurel sont des espèces en voie de disparition.

Pourquoi est-ce que je suis devenu Montpelliérain ? Pourquoi est-ce que cette nouvelle génération est devenue montpelliéraine ? Comment l’est-elle devenue ?

Je suis montpelliérain parce que, comme les 3/4 des Montpelliérains, je suis né ailleurs, j’ai grandi ailleurs, et que je me suis installé ici parce que j’ai aimé cette ville.

C’est quoi pour vous être montpelliérain ? Moi je suis montpelliérain parce que j’aime cette ville. J’y suis venu un jour pour travailler, et j’ai voulu y rester. Pas pour le soleil. Au début, le soleil, c’était dur. Je suis arrivé en plein mois d’août, et moi, l’alpin, j’avais trop chaud. J’ai aimé cette ville pour ses places, pour ses maisons, pour l’arrière-pays, la mer et les étangs. J’ai aimé cette ville pour ces habitants.

Pour moi c’est juste ça. Je suis montpelliérain parce que j’ai aimé cette ville, et que la ville m’a accueilli.

Parce que c’est ça, Montpellier ! L’identité de Montpellier, c’est ça. Ça fait mille ans que cette ville existe, et ça fait mille ans qu’elle accueille ceux qui viennent du monde entier pour y étudier et y travailler.  Mille ans, ça forge le caractère !

On est montpelliérain parce que la ville nous aime, et parce qu’on l’aime. On est montpelliérain parce que la ville nous a accueillis. Qu’importe que ce soit à la naissance ou plus tard.

Le « miracle » démographique de Montpellier n’est pas commun. D’autres villes du sud auraient pu être l’aspirateur de l’héliotropisme que Montpellier est devenu. Nîmes, Aix-en-Provence, Avignon, ou même Perpignan et Narbonne. Plusieurs conditions se sont mises en œuvre. Le premier boom économique et démographique de l’arrivée des pieds-noirs, le marketing territorial réussi des premières années Frêche (la surdouée, l’entreprenante), tout ça, ce sont des éléments tangibles. Mais ça ne suffit pas. Il faut aussi compter sur l’absence de structures économiques rigides, qui a permis une porosité aux nouveaux secteurs économiques, et sur une société montpelliéraine qui a su accepter cette arrivée de « néo ». Et elle l’a accepté pour plusieurs raisons : parce qu’elle en avait besoin, parce qu’une partie pensait que les « néo » ne lui raviraient jamais le « vrai » pouvoir, et parce que Montpellier est, intrinsèquement, accueillante. Superficielle, mais permissive. La ville t’accueille dans ses espaces publics, pas facilement dans son intimité bourgeoise, d’accord. Mais elle te laisse mener tes aventures.

Tous ces néoMontpelliérains, qui ont connu d’autres villes, d’autres codes, croisé d’autres façons d’entreprendre ou d’être en société, sont devenus montpelliérains parce que, de tout temps, dans toute l’histoire de la ville, Montpellier s’est construite sur le brassage. Être montpelliérain est la plus facile des choses, il suffit de vouloir vivre la ville. Peu de villes peuvent être décrites comme ça. Pas Lyon, pas Marseille, Bordeaux ou Strasbourg.

Et pourtant, dans cette campagne municipale, il y a deux têtes de liste qui pensent et qui disent qu’être montpelliérain ce n’est pas ça. Deux têtes de liste qui pensent et qui disent que pour être maire de Montpellier, il faut être « un vrai Montpelliérain ». Être né et avoir grandi ici, comme eux.

Deux têtes de liste qui pensent qu’elles appartiennent à une caste, celle des grandes familles montpelliéraines, celles des universitaires, des médecins, des avocats. Qui ont de tout temps peuplé cette ville, c’est vrai. Qui l’ont dirigé, souvent. Certes. Mais ce ne sont pas les dynasties d’universitaires qui ont fait la ville. Bien sûr, la république a été proclamée sur le parvis de la faculté de Médecine. Mais ce n’est pas parce que les universitaires possédaient la ville. C’est parce qu’en ces temps troublés, l’Université était un refuge. C’est l’Université qui a fait la ville, pas les universitaires. L’université a façonné Montpellier, comme l’Université a façonné Oxford et Cambridge.

Sauf que Montpellier a grandi. Il y a aujourd’hui plus d’habitants à Montpellier qu’à Cambridge et Oxford réunis !

Le creuset identitaire montpelliérain ne plonge pas ses racines dans les longues dynasties de professeurs, de juristes et de médecins, mais dans l’Université elle-même. Si Montpellier est Montpellier aujourd’hui, c’est parce qu’elle continue d’accueillir des étudiants, des chercheurs du monde entier, et des hommes et des femmes qui brassent, croisent les cultures, les méthodes, les idées. Tout le contraire de l’identité repliée sur les barons de Caravètes.

Et le Montpellier d’aujourd’hui est fidèle au Montpellier de la révolution universitaire et culturelle du Moyen-Age.

L’identité montpelliéraine, c’est que chacun peut, ici, vivre en accord avec la ville et avec les autres, et inventer la ville, comme la ville s’est toujours inventée à partir des nouveaux Montpelliérains qui venaient ici pour étudier et travailler. C’est une ville ouverte, au contraire de Nîmes, d’Aix ou d’Avignon. C’est pour cela qu’elle a attiré, et qu’elle continue d’attirer de nouveaux Montpelliérains, c’est pour cela qu’elle les intègre avec tant de facilité. C’est une ville dont on tombe amoureux parce qu’elle se laisse aimer, au contraire de tant de villes qui se refusent à l’autre, à l’étranger.

Moi je suis un vrai montpelliérain, parce que je suis né ailleurs, que j’ai grandi à Lyon et dans les Alpes, que j’ai vécu à Paris, que j’ai vu d’autres choses, appris d’autres façons de vivre, et que je veux que Montpellier reste cette ville ouverte sur l’avenir et sur le monde. Je suis montpelliérain parce que j’aime cette ville, et je veux continuer à y vivre. Même si ce n’est pas toujours facile.

C’est pour ça que j’ai rejoint l’équipe de Jean-Pierre Moure, parce qu’elle accueille les Montpelliérains comme moi, qu’elle est ouverte aux expériences, à l’énergie d’une nouvelle génération, de nouveaux talents, parce qu’elle connaît la ville.

Philippe Saurel et Jacques Domergue ne veulent pas gouverner la ville, ils veulent juste en être maire, parce qu’ils pensent qu’ils font partie d’une caste qui aurait seule le droit de s’asseoir sur ce fauteuil. Ce sont des dinosaures. Ils ne comprennent pas la ville. Ils ne l’ont pas vu rajeunir et changer.

Nous voulons gouverner la ville pour qu’elle continue à être la ville ouverte, intelligente, et fertile qu’elle est depuis toujours. Pour que l’on continue de l’aimer, et qu’elle continue d’aimer ses habitants, et de se réinventer chaque fois qu’il le faut, pour mieux rester elle-même.

C’est ça, Montpellier !

Pourquoi la photo ? La fontaine du Chabaneau renaît toujours. C’est le premier lieu de la ville où je me suis senti montpelliérain.
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L’abeille, le romantisme politique, et la participation gouvernementale

« Je ne voterai pas pour la liste sur laquelle tu es. Même si c’est vrai que de l’intérieur on semble pouvoir faire bouger plus les lignes, on hypothèque les vraies ruptures, constructions alternatives, dont la ville (le pays) a besoin… »

Je prends ce message pour incipit1, mais j’aurais pu en prendre d’autres, tournés différemment, qui posent la même question, celle de la participation des écologistes aux gouvernements, quelle que soit l’échelle du territoire. Une interpellation qui m’est adressée, comme elle est adressée à toutes celles et ceux qui s’engagent pour gouverner au sein d’une majorité plurielle, quel que soit le rapport de force et les modalités qui président au futur rassemblement.

La participation hypothèquerait, donc. Elle engagerait l’avenir en fonction d’une chose que l’on espère pouvoir acquérir, elle créerait de ce fait une obligation susceptible de compromettre l’accomplissement de quelque chose.

C’est une chose de le dire, c’est autre chose de le démontrer. Hormis le fait que les avancées seraient certainement autres si l’écologie était majoritaire politiquement, qu’est-ce qui permet de dire que la participation aux exécutifs hypothèque les vraies ruptures ? Quels sont les éléments tangibles qui permettent d’étayer cette affirmation ?

Lorsqu’on constate qu’une part très importante du programme fondamental des écologistes s’est diffusée dans le corps social autant que dans le corps politique, et que, si d’autres que nous le mènent, le résultat est souvent du seul greenwashing, peut-on considérer que la non-participation permet de lever l’hypothèque ? Ou n’est-ce pas plutôt l’inverse ?

Il y a lutte, y compris au sein de la formation qui porte l’écologie politique, contre ceux qui se servent du label écolo comme un simple étendard. Qu’est-ce qu’on fait ? On leur laisse le terrain libre ? Dans ce cas là, quelle est l’alternative ? Porter le discours ailleurs, autrement, construire une autre formation politique ? Essayer de reprendre la main sur un outil déjà construit ? Et si on y arrive pas, on laisse filer ?

J’aimerais bien me contenter de cette vision éminemment romantique qui affirme que tant que les conditions ne sont pas réunies pour gouverner idéalement, il faut s’abstenir de gouverner. Non pas que cette position soit rassurante pour l’avenir, mais parce qu’elle permet de rester dans un confort intellectuel, celui de ne pas avoir à affronter les contradictions de la société que l’on souhaite pourtant représenter et changer, et celui de ne pas avoir à affronter ses propres contradictions.

Mais en fait, non, je n’aimerais pas. L’histoire politique m’enseigne une chose à propos du romantisme politique, c’est qu’il n’a que deux débouchés : l’impuissance et le totalitarisme. Donc, jusqu’à ce qu’on me démontre que l’hypothèque est vraiment du côté de la participation, et non l’inverse, je continuerai à lutter à l’intérieur du champ démocratique qui s’impose à nous, plutôt que de témoigner de mon impuissance depuis l’Aventin, en exhortant une plèbe – qui n’existe plus – à prendre d’assaut un mont sacré – tout aussi inexistant.

Ça ne revient en rien à dire que c’est le seul mode d’action politique, qu’il est exclusif d’une pollinisation par d’autres vecteurs.

La pollinisation, cet emprunt politique au comportement des abeilles, qui portent par leur activité quotidienne la possibilité de la vie de proche en proche, est certainement ce qui différencie le plus l’écologie politique des autres courants du changement.  Ce mode de diffusion des idées, par les associations, par l’adoption individuelle d’autres règles de conduite, par l’exemplarité de certains et la faisabilité de solutions techniques, n’est pas qu’une image, une métaphore. C’est le moyen pacifique et efficace de mener la seule révolution qui soit écologiste, la révolution copernicienne, celle qui vise à développer l’état de conscience que l’activité humaine est polluante, et qu’il faut limiter cette « empreinte » si l’on veut permettre aux générations futures de vivre encore sur cette planète.

La participation politique aux institutions qui gouvernent est la traduction, au cœur des appareils de pouvoir, de cette pollinisation. Elle en est le complément indispensable si, comme moi, on refuse la position romantique qui consiste à préférer l’infinité du désir aux satisfactions éventuelles, toujours disqualifiées parce que non idéales, et donc forcément décevantes2.

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Les roses aussi ont besoin d’être pollinisées – Crédit photo : Michael Vincent Miller


  1. et j’espère que son auteur ne prendra pas ombrage de cet emprunt 

  2. Philip Knee, Romantisme et politique, université de Laval, 2007 

De qui ?, De quoi ?

Les ritals

J’ai grandi en partie dans les Alpes, au cœur de ce qui fut le royaume de Savoie. L’Italie, quoi.
Ma Savoie à moi, elle n’était plus du tout italienne. Elle était grise, pleine d’usines qui fument et qui puent. Et elle était pleine de ritals. Des ritals de longue lignée, devenus « savoyards », avec des noms qui finissaient en « z », parce qu’ils avaient enlevé les deux dernières lettres pour se franciser. Carraz, s’appelait ma grand-mère. Carrazzi, s’appelait son grand-père.
Et à côté de ces italiens francisés depuis plus d’un siècle, il y avait les autres italiens, immigrés de la première ou de la deuxième génération, qui avaient passés la frontière du Mont-Cenis pour chercher du boulot. Les « ritals », les « vrais », qui avaient gardé leur nom en « i » ou en « o ». Les savoyards les appelaient « ritals ». Parfois même « macaronis ». C’était un étrange racisme, puisqu’il ne s’adressait pas à l’autre, mais au « même ». C’est avec la montée du fascisme et la guerre que les « ritals » sont devenus « autres » pour les savoyards. C’était, paradoxalement, une manifestation de l’intégration républicaine des savoyards. Et en Maurienne, où les maquis résistants furent avant tout communistes, l’opposition entre les italiens « fascistes » et les mauriennais « communistes » fut parfois forte. On lisait ainsi dans les années trente, dans la Croix de Savoie, ce genre de sentence :

L’italien est un « mauvais client, un voisin désagréable, et un véritable pillard. L’Italien ne travaille que quelques jours par semaine puis il s’enivre. Des immondices jonchent le sol devant leurs maisons. L’ouvrier italien souille de sang notre ville en utilisant son couteau, il est illettré et sa vie se rapproche de la vie animale. »1.

Quand j’étais ado,les plus racistes, c’étaient souvent les ritals. Ils avaient pour beaucoup quitté les usines de la vallée. Ils étaient artisans, perchman, moniteurs de ski. Ils pensaient surtout à virer les « bougnoules » qui venaient de Chambéry « piquer le boulot » qu’ils ne voulaient plus faire. Et moi, je les trouvais cons, ces « ritals ». Et puis un jour, j’avais douze ou treize ans, j’ai lu l’un des plus grands livres de littérature populaire qu’il m’ait été donné d’ouvrir, et j’ai compris qui ils étaient, ces « ritals ». Et d’où venait une partie de mes racines. C’était le livre de François Cavanna, Les ritals. Extrait :

«Mon cousin Silvio, Silvio Nardelli – avoir un cousin de plus de quarante ans, ça me fait drôle -, qui a travaillé en Angleterre, même que les maçons, là-bas, ça l’a soufflé, ils travaillent en chapeau melon, avec le col dur et la cravate, pour le reste ils sont habillés en maçons, grande blouse blanche, pantalon de velours serré aux chevilles et ceinture rouge, mais chapeau melon sur la tête et cravate, il en est pas encore revenu, Silvio, et attention, faut pas les bousculer, qu’il dit, ils aiment pas travailler avec des Ritals parce que les Ritals foncent comme des dingues, ils sont payés à la tâche, alors, fais-leur confiance, à chaque truellée de plâtre qu’il écrase sur le mur le Rital entend tomber les centimes dans le bocal au fond de l’armoire, mais les Anglais, impassibles, pas un geste plus vite que l’autre, le syndicat permettrait pas. Oui, Silvio raconte, quand tu arrives en Angleterre, que tu te présentes au bureau pour la carte de travail, le fonctionnaire te demande : « Italian ? » « Yes. » « De quelle région ? » Tu dis de quelle région. Au milieu de la carte, juste à la hauteur de Florence, il y a un gros trait rouge rajouté à  la main, un gros trait qui coupe l’Italie en deux, en bas il y a le Sud, le pied de la botte, en haut il y a le Nord. Le fonctionnaire cherche ton patelin sur la carte. Il met le doigt dessus. Si c’est plus haut que le trait rouge, ça va, il te fait ta carte de travail. Si ça tombe en dessous du trait, il te dit « sorry, sir, nous avons atteint le quota, pas de carte de travail, il faut return to Italy ». Silvio est tout fier de raconter ça, et les autres sont contents aussi, ils se marrent. Il y en a toujours un pour dire sentencieusement : « L’Italien del Norde, il vient en Franche fare le machon. L’Italien del Soud, il va en Amérique fare le ganchetère. Ecco. » Le Sud, c’est pas l’Italie, Rome, à la rigueur, bon, il y a le pape, il y a le roi… Quoique, ces deux-là, ils auraient pu se donner la peine de monter un poil plus haut, jusqu’à Milan, par exemple. Mais encore plus bas, c’est chez les Marocains. Les Ritals crachent de mépris tout en jetant un oeil par-dessus l’épaule, des fois qu’un Napolitain serait là, juste derrière, avec son couteau. « Si que zé sarais oun Napolitain, z’arais tellement vonte que zé sortirais zamais dans la roue, zamais ! »»

De ce jour, j’ai arrêté de les trouver cons par principe, les « ritals ». Et c’était un pas vers moins de connerie pour moi, et pour tous. Non seulement l’œuvre de Cavanna est belle, non seulement il est un grand écrivain, mais il a beaucoup fait pour faire reculer la connerie.

Ciao, Cesco. Je suis content que tu te sois délivré de cette « saloperie infâme »2

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  1. Cité par François Forray, dans son discours d’entrée à l’académie de Savoie 

  2. lire ici la belle interview de François Cavanna pour Libération, en 2011   

De quoi ?

Les arbres invisibles du Parc Emmanuel Roblès

Au bout de la rue de la République, juste avant d’arriver à la gare, à gauche en descendant, il y a un parc.
Pour de nombreux montpelliérains, à cet endroit là, il n’y a eu longtemps qu’une grande barrière de chantier en tôle, derrière laquelle on devine des cimes d’arbres. Depuis peu, la barrière de chantier a été remplacée par des palissades peintes aux couleurs du futur lieu d’art contemporain montpelliérain, le MoCo.

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De l’autre côté de cette barrière, il y a un parc public inauguré en mars 2004, voulu par les écologistes membres de la majorité municipale de l’époque. Il est baptisé du nom d’Emmanuel Roblès, ce romancier qui a longuement décrit les jardins d’Alger. Et il n’est pas que baptisé, il est aussi une évocation du Jardin d’Essai, l’un des plus beaux jardins algérois.
Depuis 2009, la Ville a fermé le parc Emmanuel Roblès au public pour permettre à l’Agglomération de Montpellier d’entreprendre les travaux d’installation de ce qui devait être le Musée de l’histoire de la France en Algérie, dans l’Hôtel Montcalm, situé au fond du jardin. Depuis, ce projet de musée est passé aux oubliettes, et le bâtiment accueillera donc le MoCo. Mais entretemps, le Parc Roblès n’a pas réouvert. L’agglomération, devenue propriétaire des 3300 m2 de verdure, a d’abord plaidé l’absence de sécurisation du bâtiment en travaux, alors que je les avais interpellé publiquement fin 2013.
Depuis, silence radio. Et l’on imagine sans peine que, depuis, le bâtiment a largement eu le temps d’être sécurisé.
Les arbres du Parc Roblès, ces arbres invisibles depuis presque 10 ans, poussent, et se déploient dans leur magnificence. Mais ils n’ont pas été plantés pour être cachés. Ni pour servir de cadre à des réceptions privatisées, comme cela a déjà été le cas ces dernières années.
Alors, qu’attend désormais la métropole pour rendre, sans plus attendre, ce magnifique parc aux Montpelliérains ?

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L’arbre invisible est le titre d’un (très beau) livre d’Emmanuel Robles.

Ce billet est la version réactualisée de celui paru le 13 décembre 2013.

De quoi ?

Combien faut-il maîtriser d’électeurs pour remporter Montpellier ?

L’héritage Frêche. 2/6

Combien faut-il maîtriser d’électeurs pour remporter Montpellier ? Je me suis posé la première fois cette question après les municipales de 1995, dans une tentative d’objectiver le système clientéliste que je découvrais en arrivant à Montpellier.

Ce qui m’avait mis la puce à l’oreille en 1995, c’était que Frêche avait réuni au premier tour 31 856 voix. C’était là son électorat « maîtrisé ». A l’époque, la population de Montpellier était de l’ordre de 220 000 hab. Et il y avait 116 449 électeurs inscrits.

J’avais fait en 1992 un DEA sur la socialisation politique des étudiants, en traitant notamment la question de leur inscription sur les listes électorales. À peine 1/3 étaient inscrits à Montpellier. Une partie n’était pas inscrite, et la majorité votait dans leur commune d’origine. Or, je savais que la mairie faisait un gros boulot en préparation du recensement pour que les étudiants soient majoritairement recensés à Montpellier. Se jouait là une concurrence entre grandes villes, et Frêche voulait grimper d’un ou deux rangs dans la hiérarchie (à l’époque, il pensait même que Montpellier allait dépasser Nantes).

Donc je m’étais interrogé sur ce fait : 51% de la population de la ville était électrice. Je savais que certaines grandes villes avaient des ratios très bas, et d’autres des ratios très hauts. Plus la ville était « jeune », plus le ratio était bas. Plus c’était une grande ville universitaire, plus le ratio était bas.

En 1995, sur les 20 plus grandes villes de France, deux avaient un ratio électeurs/population en dessous de 50% : Lyon et Strasbourg (49,5% et 49,9%). Montpellier arrivait juste après, avec 52,6%, comme Lille (ville où les questions sont d’ailleurs les mêmes,  Mauroy était élu avec une toute petite fraction de la population). Ensuite, ça montait très vite. 54,4% pour Toulouse, Bordeaux, Marseille, Grenoble, 58% pour Rennes, 62% pour Nantes, 67% pour Nice.

Ça pouvait se comprendre. Montpellier était une ville jeune et universitaire, avec, en sus, une très grosse mobilité géographique. Je me suis donc intéressé au fichier électoral. En présidant des bureaux de votes, je m’étais étonné du nombre de cartes électorales qui revenaient en NPAI. J’ai interrogé le service des élections, qui m’a confirmé ce que je pensais : sur 116 000 inscrits, plus de 15 000 cartes revenaient pour mauvaise adresse, et n’étaient pas distribuées le jour des scrutins. C’était une estimation volumétrique, ils ne comptaient pas vraiment. Mais il y avait des petits tas de 100 à 150 cartes NPAI pour chacun des 115 bureaux de vote de l’époque.

C’était certainement un effet des flux de populations. Au début des années 2000, les flux à l’intérieur de l’agglomération étaient tels, que l’INSEE calculait qu’entre 2001 et 2006, sur une population de 350 000 habitants, il y avait eu 75 000 arrivées et 71 000 départs. Soit un mouvement global de plus de 140 000 personnes sur l’agglo, dont la moitié affectant la ville centre. En d’autres termes, tous les 5 ans, la ville voyait sa population renouvelée à hauteur de 60 000 personnes, soit 1/4 de la population. Rien d’étonnant donc que le fichier électoral soit en constant bouleversement.

Mais ça voulait également dire, pour moi, que sur les 116 000 électeurs officiels, il n’y avait en réalité que 100 000 électeurs réels. Soit un ratio électeurs/population de moins de 45%. Ce qui expliquait également une abstention plutôt forte à Montpellier, avec une participation aux municipales en dessous de 60% du corps électoral.

Il en résultait qu’en 1995, en réunissant 31 856 voix au 1er tour des élections municipales, Frêche était assuré de sa réélection au second tour. Qu’il lui suffisait donc de maitriser 14% de la population de la ville pour assurer sa domination sur la ville ET l’agglo.

Je me suis donc intéressé aux modalités de cette maîtrise. Je n’ai là que des hypothèses, je n’ai jamais pu travailler à grande échelle. Mais je sais que :

  • Freche était tout a fait conscient de cela. Il ne cherchait pas à élargir sa base électorale. Fort de ce même calcul, il pouvait travailler à l’économie de moyens.
  • Maitriser 30 à 35 000 personnes était assez simple.

– Par l’emploi, d’abord. Qui n’a jamais vu Frêche en visite sur le territoire se faire alpaguer pour demander un emploi dans une des multiples officines du « pool mairie de Montpellier », comme il appelait alors l’ensemble des institutions sur lesquelles il avait un pouvoir direct ? Il employait directement ou indirectement à l’époque plusieurs milliers de personnes. La Ville et le district comptaient à eux deux 4 000 agents. Le CHU, qu’il présidait depuis plusieurs années, 8 500 agents non-médicaux dont 3 000 personnels administratifs et techniques. Ajoutons à ça les satellites : SERM, Enjoy, ACM, 600 personnes, et les gros prestataires (SMN Nicollin, 1000 personnes). Il pouvait donc influer assez directement sur l’emploi de 10 000 personnes.
– Le logement, ensuite. 30 000 personnes vivaient dans les 15 000 logements d’ACM à l’époque. À travers ACM, il pouvait fidéliser plusieurs milliers de familles,
– Les subventions, enfin. Dès 1987, il crée la commission Montpellier au Quotidien, qui réunit associations de quartiers, communautaires, etc. Plus de 300 associations en ligne directe avec la mairie, pour s’occuper des problèmes de voiries, de poubelles, de parcs et jardins, de locaux mis à dispositions, etc.

A travers ces 3 dispositifs, il était donc très simple de s’assurer que 35 000 personnes allaient bien aller voter le jour J. Ce qui est même étonnant, c’était qu’il n’y en ait pas plus.

Est-ce que les choses ont changé ensuite ?

En 2001, non. Le ratio électeur/habitant était descendu en dessous de 50%, à 49,6%. Au Municipales de 2001, les inscrits avaient baissé, passant de 117 000 à 111000, suite aux nouvelles procédures de révision et d’apurement des listes électorales. Le phénomène est sensible dans toutes les grandes villes, avec une chute de 0 à 4 points sur le ratio. Montpellier passe donc en dessous des 50%, elle est toujours 3° en partant de la fin devant Strasbourg et Lyon.

Le nombre de votants, lui, est également en diminution. 69 000 en 1995, 63000 en 2001. Au 1er tour, Frêche réunit 33 028 électeurs, contre 31 856 en 1995. En 6 ans, il a gagné 1 150 électeurs. La ville, elle, a gagné 10 000 habitants. Frêche maitrise toujours 14,5% de la population au 1er tour.

En 2004, une autre réforme intervient, c’est l’inscription automatique des jeunes de 18 ans après leur recensement en vue de la Journée Défense et Citoyenneté. Les listes de 2008 sont encore modifiées. Montpellier remonte dans la moyenne (basse) des grandes villes, avec 54,5% d’électeurs dans la population totale. La liste électorale fait un bon de 20 000 électeurs, pour se fixer à 137 182.  Au 1er tour des municipales de 2008, 72 000 électeurs se rendent aux urnes. Soit 28,6% de la population. C’est encore un peu bas pour une grande ville, leur moyenne tournant plutôt à 35%.

Et Hélène Mandroux est élue avec 36 343 voix au second tour. Soit… 14,4% de la population. Une stabilité non-démentie sur 15 ans.

Jusqu’en 2008, le système n’a pas changé. La vraie question est de savoir, maintenant, qui a gardé quoi dans l’héritage ?

L’héritage lui même a changé.

La maitrise de l’emploi, d’abord : 8600 personnels non médicaux au CHU, dont 2300 technico-administratifs. L’agglo a désormais un effectif de 1400 agents. La ville de 3000. TAM : 1000. Serm, ACM, Enjoy, et autres satellites : 600. Nicollin : toujours 1000. A ça s’ajoute, depuis la reprise du CG par Vezinhet, une partie des 5500 agents du CG34, ainsi qu’une partie des agents du Conseil régional et satellites : 3 500 agents. On a donc un volant d’emplois de l’ordre de 13 à 15 000. Tous ne se sentent pas redevables au leader, et certains n’ont pas besoin de ça pour être ses électeurs, la conviction leur suffit.

Les logements : ACM : 20 000 logements, 50 000 occupants. Les leviers se sont donc plutôt accrus, d’autant que, par rapport à 1995, il y a désormais les 4 émetteurs de subventions, Mairie, Agglomération, Conseil Général, Conseil Régional.

La liste électorale a continué de croitre.  141 542 électeurs aux dernières élections.François Hollande a fait 37 787 voix au 1er tour, avec seulement 22% d’abstentions et 109 000 votants, record historique. Lors des primaires du PS, 13528 personnes étaient venues voter à Montpellier. Au 1er tour des législatives, les candidats étiquettés PS ont réunis 28 932 voix sur la ville.

On reste, peu ou prou, dans la fourchette des 30 à 35 000 maitrisés par le système municipal, alors même que le corps électoral a considérablement changé, (pour rappel, 110 000 électeurs en 2001, 141000 en 2012, soit 27% d’augmentation).

J’ai du perdre une partie des lecteurs dans les chiffres. J’en suis conscient.

Et pourtant, toute la zone d’incertitude politique montpelliéraine est là, glissée dans ces nombres.

Qui, parmi ceux qui revendiquent l’héritage de Frêche, maîtrisent encore les réseaux ? Cela explique-t-il les dissidences, ou seulement les volontés parfois affichées de « sortir du système » ? Au sein de ces réseaux, quelles sont les proportions restantes de soutiens convaincus, de liens de loyauté toujours actifs et de fidélités caduques ?

Que feront les nouveaux électeurs ? Ceux qui ne sont pas encore insérés dans les réseaux locaux, dans la société locale ? Voteront-ils ? À quelle proportion ? Selon quelle logique ?

La fin de l’empire est toujours une période incertaine.

On peut en rire

Portée par l’allégorie, Ségo s’emmêle les pinceaux dans la pucelle

SRParisienMag

Dans le numéro du 25 octobre du Parisien Magazine,  Ségolène Royal pose en liberté guidant le peuple, et elle « entend déjà dire qu’elle se prend pour Jeanne d’Arc ». C’est ce que nous rapporte Le Lab E1.

Aïe. Ségolène entend déjà des voix, mais comment lui dire  ? « La liberté guidant le peuple », ce n’est pas précisément Jeanne d’Arc. Lorsque Delacroix a peint son célèbre tableau, ce n’est pas à la pucelle d’Orléans qu’il pensait. Il évoquait une toute autre femme, une figure féministe de la révolution française, Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt.

« Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage, / Excitant à l’assaut un peuple sans souliers, / La joue et l’œil en feu, jouant son personnage, / Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers ? »

Je ne sais si vous connaissez Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt. Une icone. La 1ère figure de Marianne. Celle-là, donc, à qui Baudelaire dédiait ces magnifiques vers, dans une fleur du mal intitulée Sisina.

La fraternelle du Poitou se prend donc pour Théroigne de Méricourt. Pour la première Marianne. Ségo se voit en allégorie.

Ségo, faut que je te le dise. Se prendre pour Théroigne de Méricourt, c’est dangereux.

Parce qu’avant et après la séquence icono-révolutionnaire, Anne-Josèphe, c’est un numéro.
Avant que la révolution n’éclate, Théroigne de Méricourt est connue pour ses mœurs libres, et ses revendications libertines, au point qu’elle prête son nom au « Catéchisme libertin à l’usage des filles de joie et des jeunes demoiselles qui se décident à embrasser cette profession ». Un ouvrage inspiré, que les curieuses et les curieux trouveront en accès libre sur la toile.

Mais c’est après les barricades que tout se gâte. « La belle liégeoise » devient « la furie girondine », tant et si bien qu’un soir de 1793, elle est prise à partie par des jacobines qui la rossent, la dénudent et la fouettent en public. Théroigne, que l’on dit déjà fragilisée par la culpabilité d’avoir fait massacrer Suleau un an auparavant, plonge dans la mélancolie, et son frère la fait interner à la Salpétrière. Ce qui la sauvera de la guillotine, mais pas de la folie. Elle vivra recluse 23 longues années, le plus souvent nue, s’aspergeant d’eau glacée pour se purifier.

Allez, bonne journée et toute ma fraternitude.

Ah oui, juste un dernier mot. Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt a eu beau finir folle, ce n’est pas à sa détresse que la Folie-Méricourt doit son nom. Na.

De quoi ?

Les cartes rebattues, ou la grande zone d’incertitude montpelliéraine

L’héritage Frêche 1/6

En ces temps de compétition interne au Parti Socialiste montpelliérain, la question de l’ « héritage » ne cesse d’être invoquée par les candidats, qu’ils soient en compétition dans la primaire interne ou dans une phase ultérieure. Et cette rhétorique n’est limitée ni aux frontières montpelliéraines, ni aux frontières partisanes. Qu’il soit revendiqué ou agité en épouvantail, invoqué pour s’en inspirer ou s’en départir, l’héritage reste omniprésent.

Mais de quoi parle-t-on ? La plupart du temps, il s’agit en réalité de ne pas invoquer l’héritage réel, mais son inspiration. Une supposée vision, un leadership, une capacité à faire ou à défaire, à batailler ou à tailler.

Pourtant ce qui se joue depuis des mois, et pour encore des mois, est tout autre. L’héritage dont il est question, mais dont on ne parle pas, n’est pas celui des idées ou des inspirations. C’est de l’héritage d’un système de pouvoir, dont on feint de ne pas parler.

Georges Frêche a construit sa domination politique et territoriale sur un système électoral, système dont la ville de Montpellier constitue le pilier sans lequel rien n’était possible.

Pour l’avoir observé, analysé, combattu durant de – très – longues années, je pense qu’il est plus que temps d’en faire le récit. De déconstruire le système, pour accéder ainsi à l’inventaire politique sans lequel rien ne changera.

Le parti, clé de voute du système

Pour asseoir sa domination sur la ville, G.F. a construit un système dont le parti socialiste est la pierre angulaire. Lieu de sélection, de filtrage, relais avec les autres systèmes de représentation.

Le parti socialiste montpelliérain n’est lui-même qu’un reflet de l’organisation sociale construite par Georges Frêche pour s’assurer la permanence du pouvoir sur la ville.

Mais sa maîtrise fut une nécessité dès le début du règne frêchiste. Dès le « coup d’État » raté de son premier adjoint Jean-Pierre Vignau, en 19791. Frêche va alors placer ses fidèles à la tête des sections montpelliéraines. Autant de sections que de cantons. Cette organisation cantonale n’a jamais été le reflet d’une priorité sur les objectifs départementaux. Des compétences départementales en milieu urbain, la plupart des militants n’en ont cure. Non, elle avait 3 grandes vertus. D’abord, empêcher toute discussion globale sur les politiques municipales. La section cantonale s’occupe de proximité. Le reste, c’est Frêche qui le gère, et il n’en discutait pas avec cette plèbe militante qu’il aimait tant caresser dans le sens du poil.  Jamais de réunions politiques qui les rassemblent pour évoquer des enjeux locaux, encore moins une coordination des sections montpelliéraines, ne serait-ce qu’une fois tous les 6 ans. Chacun vit et vote dans sa section. Cela permet une mise en concurrence sur les scores que chaque secrétaire de section amène à la fédération. « Combien tu pèses ? », c’est la grande question qui taraude le vassal à l’heure des comptes. Même lorsque Frêche était le seul candidat en lice à l’investiture, chacun avait à cœur de faire voter ses ouailles. Et de voter à leur place, s’il le fallait2. Enfin, dernière vertu de l’organisation cantonale, elle permit de rendre efficace une machine électorale aux visées annexes : faire élire un maximum de conseillers généraux urbains et frêchistes, de façon à « épurer » le Conseil général, bastion d’une résistance interne au PS.

Les sections montpelliéraines se sont donc développées, sous la houlette caporalisante de Robert Navarro. En 2008, le PS comptait ainsi 2355 adhérents avant le congrès national du PS (congrès de Reims). Et il y eut, lors de ce congrès, 1639 votants dans les sections montpelliéraines. Montpellier pèse alors à elle toute seule 1,25% du congrès national. Largement suffisant pour faire basculer une majorité nationale jusqu’au bout incertaine3. Et les militants PS représentent 1,7% de la population électorale montpelliéraine. Ce qui est proprement extraordinaire, quand la proportion nationale est de 0,5%4.

Parmi ces 2300 adhérents de 2008, beaucoup ont des liens directs avec le « pool » mairie de Montpellier. Le « pool », c’est l’ensemble des services directement sous l’emprise de Georges Frêche. Ce n’est pas seulement une facilité de langage, c’est une réalité, un ensemble coordonné par des réunions hebdomadaires de ses dirigeants. Un noyau dur constitué des DGS et directeurs de cabinet de la Ville et de l’intercommunalité, des DG de la SERM, de l’ex-OPAC aujourd’hui ACM, d’Enjoy. Et le cas échéant d’autres satellites. À ces emplois directs s’agrègent des dirigeants associatifs subventionnés, d’autres qui souhaitent intégrer l’un ou l’autre des cercles précédents, et, bien entendu, des véritables et sincères militants.

L’allégeance, le ressort de l’adhésion

À quelques très rares exceptions près, tout ce petit monde a prêté à un moment où un autre, allégeance à Georges Frêche. « À de très rares exceptions près », parce qu’effectivement rares ont été les individualités qui ont exprimé en interne d’autres horizons. Et encore moins qui soient allés à la bataille lors d’investitures aux élections. Ainsi, en 2007, une primaire interne fut organisée sur la 1ere circonscription de l’Hérault. C’était une première depuis de nombreuses années, à tel point qu’il fallut imposer un minimum de règles. Les autres circonscriptions montpelliéraines n’eurent, comme d’habitude, qu’à enregistrer pour la forme une candidature unique. Non qu’il n’y eut jamais plusieurs velléités avant chaque scrutin, mais elles se réglaient hors des débats des militants.

Mais 2007, c’est déjà la fin qui pointe. Le président du Conseil général a pris son autonomie, et certains conseillers généraux de Montpellier se rangent derrière lui plutôt que derrière Frêche. Ce dernier n’est plus maire, et même s’il règne encore numériquement sur le conseil municipal, certains anticipent l’émancipation d’Hélène Mandroux.

Et puis il y a le verbe. L’arme de Georges Frêche. Le verbe qui roule, captive, assassine et bannit. Le verbe qui s’émancipe de son locuteur, le verbe qui dérape. Le doute s’insinue chez les supporters. La peur que Frêche devienne sa propre machine à perdre. Et que toutes et tous finissent par perdre.

Six ans plus tard, la loyauté à la mémoire frêchiste n’est plus qu’une rhétorique. Hormis dans les phases de congrès, et leurs motions à géométrie variable, il n’y a jamais eu de véritables débats internes dans cette fédération. Et le clientélisme a été la règle. « Quand vous avez des pratiques vieilles de vingt ans, ce ne sont pas deux ans de mise sous tutelle qui vont tout changer », dit l’actuel 1er fédéral.

Vers qui vont aujourd’hui les anciennes fidélités ? Comment les militants fonctionnaires territoriaux se repositionnent-ils ? Et les anciennes clientèles ? Qui maîtrisent encore les cartes ? Quels sont les adhérents qui sont rescapés des très opaques toilettages de fichiers ? Pour la première fois depuis trente ans, le parti socialiste montpelliérain vit dans une zone d’incertitude élargie, une « conjoncture fluide », dans laquelle les repères s’effacent. Et dans cette conjoncture fluide, le Parti Socialiste n’est pas le seul touché. Toutes les forces politiques montpelliéraines sont affectées par cette perte des « contraintes habituelles », par cette « période d’interdépendance tactique élargie »5.

Et cette crise politique n’en est qu’à son début. La compétition interne au Parti socialiste, même élargie aux candidats ne participant pas à la primaire, ne mettra pas fin à cette période d’incertitude. L’électorat lui-même en sera le prochain théâtre. (suite au prochain numéro, donc).

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Illustration : une image du très beau film d’Yves Jeuland, Le Président. ©2010, la Générale de Production

 


  1. Celles et ceux que cette histoire intéresse au point de la creuser pourront se reporter en premier lieu sur les travaux d’Olivier Dedieu, notamment Les notables en Campagne : luttes et pouvoirs dans la fédération socialiste de l’Hérault  

  2. Un secrétaire de section m’a ainsi un jour avoué qu’il avait voté à ma place pour ne pas qu’on voit que je m’étais abstenu de voter pour l’unique candidat à l’investiture. 

  3. L’élection de la première secrétaire nationale se jouera cette année-là à 110 voix près 

  4. 233000 adhérents en 2008, pour 44 millions d’électeurs. 

  5. Une conjoncture fluide, pour reprendre les mots de Michel Dobry : Sociologie des crises politiquesUn aperçu de cette littérature que j’admets être aride.