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De quoi ?

Mimi ou la culture en friche

C’est l’une des plus anciennes mécènes montpelliéraines. Et l’une des plus discrètes. Il y a près de 20 ans, “Mimi” Vergne a commencé à accueillir un premier artiste dans ses entrepôts. Les entrepôts de l’entreprise de son mari, qui faisait commerce de bois, à Figuerolles. Puis est venu un autre artiste. Puis un théâtre, fait de bouts de bois. C’est ainsi qu’est née la Cour Vergne. Une friche culturelle en plein cœur de la ville, sur une emprise artisanale.
Depuis des années, les mieux informés savent que l’histoire ne durera pas éternellement. Car elle est intimement liée à Mimi. Et que Mimi a aujourd’hui 94 ans. Depuis des années, pouvoirs publics et acteurs de la Friche de Mimi s’activent pour tenter d’anticiper. Tentative d’éclaircissement*.

MaisonMimiVergne

À l’entrée de la cour, un bosquet cache une petite maison dont on ne distingue qu’une terrasse en bois fleurie toute l’année. C’est ici que vit Mimi, depuis que l’entreprise familiale de négoce de bois Vergne s’est installée à Montpellier, en 19271.
En limite de Figuerolles, à la croisée de plusieurs axes de circulation, l’entreprise a fleuri, jusqu’à être un empire artisanal dans les années 1970, avec l’essor des cuisines en bois. Puis l’activité a décliné. Jusqu’à la cessation, en 1994.
Mimi n’a pas voulu vendre. C’est ici qu’elle a grandi, c’est ici qu’elle a aimé. C’est ici qu’elle veut vieillir, entourée de créateurs et d’artistes.
Alors elle ouvre sa cour. Doucement, en gardant le contrôle total de l’occupation. Pas de squat ici, pas d’anarchie. D’abord un atelier, puis un autre. Petit à petit les espaces se sont remplis. Au bout de la cour, Alain Garcia a construit le théâtre du Griffy. Une salle de 80 places, faite de bois recyclé et d’ingéniosité.
C’est la particularité de l’endroit : il est encore plein de bois. Si Mimi maîtrise l’occupation de l’îlot, empêchant une réappropriation totale de l’espace par les artistes, elle encourage à l’utilisation du bois encore stocké. Alors les artistes recyclent le bois, et avec lui, les souvenirs de Mimi.

Un « lieu intermédiaire » dans la foulée des années 90

Deux autres espaces naîtront ainsi au fil des années. Les locaux « des occitans », qui construiront à l’entrée de quoi héberger plusieurs structures, dont La Rampe et Radio Lengua d’oc.
Et au centre, un projet de résidence, dont le fils de Mimi sera le maitre d’œuvre : la Réserve. Vaste structure en bois aménagée par un jeune architecte, Luc Albouy, et un artiste, Frédéric Amar-Khodja. C’est là que s’installera, en 2006, la Friche de Mimi, à côté des locaux occupés par l’Ardec, association de gestion des entreprises culturelles.
En quelques années, « l’îlot Vergne » est devenu « la Cour Vergne », la friche « de Mimi ».

4mimiweb
La pluralité des appellations perdurera. C’est souvent l’une des caractéristiques de ces lieux.
En 2000, le gouvernement prend conscience de l’importance de ce mouvement de réappropriation de sites industriels par des artistes, et va chercher à identifier, nommer, et éventuellement aider des « lieux d’expérimentation ». C’est Fabrice Lextrait2, l’un des fondateurs et administrateur de la Friche de la Belle de Mai, à Marseille, qui est chargé de prendre son bâton de pèlerin et d’ausculter « ces projets qui posent de manière originale et singulière les conditions de production et donc de réception de l’acte artistique ». Il en ressortira des appellations : lieux intermédiaires, nouveaux territoires de l’art, et une politique de soutien public de l’État, si tant est que les collectivités territoriales fussent convaincues de l’apport culturel et urbain de ces espaces d’expérimentation.
La Cour Vergne n’est pas dans les sites étudiés. En 2000, il ne s’agit encore que d’espaces loués à très bas prix par une propriétaire mécène.
Mais le rapport Lextrait va marquer l’époque, et contribuer à mettre sous les projecteurs ces lieux différents, qui tantôt sont des squats artistiques, tantôt des lieux de création, tantôt des lieux d’expérimentations plus ou moins ouverts sur la ville, avec, souvent, de fortes dimensions interculturelles, des volontés de réinvention du rapport au public. Des lieux intermédiaires, organisés le plus souvent dans un triple rapport à la création artistique, à l’action culturelle, et à une dimension que l’on appellera selon les cas citoyenne, urbaine, sociale, ou territoriale3.

De là émergeront des aventures durables, comme la Friche de la Belle de Mai à Marseille, L’antre-peaux à Bourges, Mix-Art Myris et l’Usine Tournefeuille autour de Toulouse, le Confort Moderne à Poitiers, le TNT à Bordeaux, Mains d’œuvres à Saint-Ouen… Certaines seront confortées par de forts financements publics et des labels nationaux comme Culture Commune dans le Pas de Calais, devenue Scène Nationale, l’Atelier 231 à Sotteville-lès-Rouen, la Paperie à Angers, labellisés Centres Nationaux des Arts de la Rue, ou le Brise-Glace grenoblois, devenu Scène de Musiques Actuelles. D’autres seront reprises directement en gestion par les collectivités territoriales, devenant par un oxymore une « friche institutionnelle », comme les Subsistances à Lyon, ou directement insérées dans un projet de réhabilitation public, comme le 104 parisien. Soufrières des années 90, voilà les friches érigées au rang de nouvelles maisons de la culture dans les années 2000.

Montpellier est passé à coté de l’histoire des friches artistiques

Rares sont les villes qui sont passées à côté de l’histoire des friches. Montpellier en fait partie.
Pour sa décharge, la capitale régionale est dépourvue de toute tradition industrielle. Les anciennes usines sont rares, les lieux où expérimenter ne sont pas légion.
Pourtant, les années 1990 et 2000 comportent leur lot d’expériences, et de projets avortés.
Au milieu des années 90, des artistes investissent l’ancien bâtiment de la CRAM, avenue de Lodève, avant démolition. L’expérience est de courte durée, et l’équipe investit en 1997 un autre lieu, l’ancienne coopérative viticole, rue Saint Cléophas. Elle y restera 7 ans, le temps de porter un projet de réhabilitation soutenu par la DRAC et la Région, qui avortera finalement du fait du très faible engagement municipal.
Dans ce début des années 2000, un autre lieu devient friche, les anciens entrepôts textiles Agniel, près de ce qui devient alors Port Marianne. Avec Changement de propriétaire, ce sont cette fois des danseurs et des plasticiens qui investissent un territoire. Là encore, l’aventure s’arrêtera avec le revirement de la municipalité, qui avait pourtant acté le rachat des entrepôts textiles au début de l’année 2003.
Les deux opérations, la Coopérative et Changement de Propriétaire, ne manquent pourtant pas d’atouts pour réussir, si on les compare aux autres expériences françaises du moment : des équipes artistiques émergentes, un projet porté par un ou des référents crédibles, un modèle économique plutôt moins fragile que d’autres exemples français d’alors. C’est essentiellement sur les questions de gouvernance du lieu, et donc de pilotage du projet artistique, que les négociations achopperont. Le laboratoire, la friche, le lieu intermédiaire contiennent intrinsèquement une valeur anxiogène pour les pouvoirs publics. Angoisse sur la nature de l’engagement, angoisse sur ce qui en émergera. Ce sont encore les années Frêche, et la politique culturelle, faite d’institutions rayonnantes et de régies municipales de quartier, est marquée par une volonté de contrôle politique.
Dans la cour Vergne, la problématique est bien différente. Les artistes et les structures culturelles qui y logent bénéficient de la protection de leur mécène. Elle ne cherche pas un projet, mais un entourage. La Cour est une cour, pas un laboratoire, ni une friche artistique. Ce n’est pas une terre à l’abandon que les artistes gagneraient sur la mer, comme l’entend son étymologie batave. Ce que les usagers ont en commun, c’est d’abord la cour. Le projet commun est absent des premières années. Alain Garcia, fondateur du théâtre du Griffy et l’un des premiers occupants, nous confiera ne pas avoir pris l’exacte mesure de l’endroit. « Je n’avais pas mesuré qu’en m’installant ici j’étais rentré chez quelqu’un qui vivait une autre histoire. Je n’avais pas mesuré que Mimi voulait garder le contrôle de l’espace, et des accès. Du coup, la cour s’est fermée sur elle-même. La Rampe a construit ses bureaux là où Mimi voulait qu’ils les construisent, dans l’ouverture. Alors qu’on aurait dû ouvrir par l’autre entrée, par la rue Antérieu, avec un accès plus direct sur Figuerolles. »

« Je n’avais pas mesuré qu’en m’installant ici j’étais entré chez quelqu’un »

Vers le milieu des années 2000, les locataires de Mimi Vergne se sont rendu compte d’une autre évidence : ils étaient dans une situation viagère, au sens premier du droit public : Qui dure pendant la vie d’une personne déterminée. Leurs baux, économiquement intéressants, ne seraient pas renouvelés lorsque Mimi disparaîtra.
Non pas que les enfants de Mimi tiennent à tout prix à ce qu’ils partent. Mais que la réalité de la succession les obligerait à vendre pour payer les droits.
Dans ce que l’on appelle aujourd’hui la Friche de Mimi, la nécessité d’un projet collectif et d’une ouverture marquée sur le territoire s’est fait jour. Le collectif de la Friche, animé notamment par Florence Bernad (Groupe Noces) et Mathieu Lambert (le Garage Électrique) a cherché à dépasser le seul enjeu d’une mutualisation de locaux et de personnel pour s’ouvrir, à travers des animations, des moments de restitution, de convivialité aussi. Pour faire exister une âme collective, et acquérir suffisamment de notoriété et de reconnaissance pour s’assurer un soutien fort des collectivités le jour où la question de la succession se posera.
Car les structures présentes sont toutes ou presque soutenues, à des degrés divers, par les collectivités territoriales, et parfois l’État. Pour autant, que ce soit les soutiens financiers cumulés, les investissements passés, ou le projet collectif, rien ne garantira leur présence future. De cela, les animateurs de la Friche sont conscients. D’autres lieux, beaucoup plus emblématiques et dotés d’un projet plus ancien et plus affirmé ont cessé du jour au lendemain devant des impératifs de sécurité, ou devant la pression immobilière. La friche R.V.I. à Lyon, le Totem en Lorraine, la Caserne D’Angély à Nice témoignent de cette précarité.
Pour Jonathan Chevalier, le nouveau directeur de la Vista, la précarité, le risque, est la substance de l’activité artistique. Et l’incertitude, celle d’un théâtre. « C’est notre jeu quotidien. On est dans le spectacle. C’est un risque permanent. Un risque pour les artistes qui montent sur scène, un risque pour le théâtre qui doit remplir. La question des locaux est un risque de plus. On doit juste s’y préparer, et être capable de s’y adapter ». Jonathan a le calme de l’expérience. En 2012, le théâtre nîmois qu’il administrait a du fermer ses portes pour des raisons similaires. Les héritiers, mis en demeure de payer les droits de succession, ont vendu le théâtre auquel ils tenaient tant. Le Mobile Homme Théâtre a quitté le quartier Richelieu pour se réinventer dans une péniche. Mais l’histoire ne se reproduit pas, et la Vista n’a pas de projet nomade. Alors Jonathan sensibilise, questionne les collectivités territoriales, essaye de réduire les marges d’incertitudes dans une politique culturelle qu’il décrit comme un « savon qui glisse ». Sa seule certitude, c’est que La Vista n’aura pas les moyens de se reconstruire un théâtre si elle doit déménager. Mais il nourrit l’espoir que ce théâtre familial de proximité aura suffisamment fait la preuve de sa nécessité pour que les collectivités l’aident à rebondir, ou à rester.

« le risque c’est notre jeu quotidien. On doit juste être capable de s’y adapter »

Car la messe n’est pas dite, tant s’en faut. En 2010, la ville de Montpellier, alertée sur les inquiétudes de ces acteurs culturels, a posé un périmètre d’étude sur l’îlot Vergne, compte tenu de son importance culturelle. En d’autres termes, la Mairie pose le fait que la vocation culturelle du lieu doit être en partie maintenue, et le périmètre d’étude permet à la municipalité d’intervenir sur les futurs permis de construire.
Et des offres, il ne devrait pas en manquer. 5 000 m2 constructibles, en lisière de centre-ville, près d’accès routiers majeurs, même à Figuerolles, ça représente une opportunité d’aménagement. En 2011, une opération du même ordre est sortie de terre à deux pas de chez Mimi : la reconversion du site de l’ancienne CAF, rue Chaptal. Plus d’une centaine de logements ont été construits, dont un tiers de logements sociaux. Si la partie sociale a été financée sur des fonds publics (près de 5 M€), la partie privée (la résidence Grand Air) s’est commercialisée à plus de 20 M€. Le prix d’achat, lui, n’est pas connu.
Pour l’îlot Vergne, l’estimation varie selon une large fourchette en fonction des interlocuteurs. Sur les 5000 m2 des anciens entrepôts, un aménageur peut espérer construire 10 000 m2 habitables en R+3 (un rez-de-chaussée + 3 étages). Mais il doit composer avec la nécessité de parkings (une place pour 50 m2 habitables), pour être aux normes et espérer une commercialisation à 3000 € le m2. L’enjeu est donc de taille, et le prix d’achat à la famille Vergne estimé entre 1,5 et 5 Millions d’euros.
Mais pour l’une des expertes immobilières interrogées pour notre enquête, la contrainte de conservation d’une vocation culturelle, fût-elle à minima, change quelque peu la donne. « Lorsqu’il y a des contraintes assez fortes de ce type, avec la nécessité de financer l’investissement d’un équipement public, ce n’est pas forcément le mieux-disant, celui qui achète le plus cher, qui remporte la mise. Mais plutôt celui qui comprendra le mieux ce que veut la collectivité, et comment elle peut monter le projet le plus acceptable, tout en lui gardant un seuil de rentabilité important ».
Reste à comprendre ce que veut réellement la collectivité. Répondant à une question en conférence de presse, le 15 octobre 2014, Philippe Saurel, maire et président de la Métropole, déclarait « Si ils vendent à des promoteurs, les promoteurs seront obligés de discuter avec la ville, et là nous serons en capacité de leur demander des mètres carrés culturels. Parce que c’est un périmètre d’étude culturel, autour de l’îlot vergne. Lié à la culture. On a une protection du lieu grâce à la culture. Cela permettra d’intervenir sur les permis de construire, et de garder une présence culturelle forte dans ce lieu. Parce qu’outre la friche de Mimi, outre le théâtre, outre les radios associatives, outre le milieu occitan qui est très présent, on a là un lieu de culture très populaire qu’il convient de garder dans les anciens ateliers de la menuiserie Vergne. »
Aujourd’hui, les structures culturelles de la cour occupent près de 3000 m2. Dans la cour, personne n’a l’illusion que tout le monde pourra rester. La question est donc de savoir qui, et, dans quelles conditions.
Pour y voir semble-t-il plus clair, la Ville a commandé en 2014 une étude précise du potentiel urbanistique, et du potentiel économique des structures culturelles en présence au cabinet d’urbanisme Ubak. Mais le diagnostic, terminé début 2015, n’a toujours pas fait l’objet d’une communication municipale4.
Cette situation d’attente nourrit les angoisses de ceux qui veulent rester, ou qui ne savent pas où aller. Et les certitudes de ceux qui savent qu’il leur faudra inventer autre chose, un autre modèle, une autre implantation. Alors ils cherchent à anticiper, tout en maugréant contre l’absence d’anticipation des politiques culturelles.
L’avenir de la cour Vergne est toujours en friche.

*Ce texte est la version augmentée en notes et liens d’une enquête parue dans ce bijou de presse culturelle gratuite qu’est Let’s Motiv Méditerranée, au mois de juin 2015
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  1. Thierry Arcaix, Le quartier Figuerolles à Montpellier, imaginaire et lien social. 

  2. Fabrice Lextrait, Une nouvelle époque de l’action culturelle, rapport à M. Michel Dufour, secrétariat d’État au Patrimoine et à la Décentralisation Culturelle, mai 2001. 

  3. Philippe Henry, Quel devenir pour les friches culturelles en France ? D’une conception culturelle des pratiques artistiques à des centres artistiques territorialisés.  

  4. et au moment où ces lignes étaient publiées, la Ville de Montpellier n’avait répondu à aucune de nos nombreuses sollicitations 

et aussi, On peut en rire

Des nimbos, mon nimbus ! La fausse motivation

Il y a quelques années, je suis tombé sur les lettres de non-motivation de Julien Prévieux. Je ne me suis pas fait mal, et j’avais au contraire beaucoup apprécié l’exercice. À tel point qu’il m’arrivait d’en lire dans les périodes où la recherche d’emploi devenait pour moi une préoccupation urgente et centrale (ce qu’elle est toujours, d’un certain côté, n’hésitez surtout pas si vous avez un poste à me proposer, je sais faire plein de choses avec ma tête).

À la faveur d’une annonce trouvée sur les internets, j’ai pris un temps de récréation pour écrire une fausse lettre de motivation en réaction à l’annonce. Il s’agit du recrutement d’une directrice ou d’un directeur des Affaires Culturelles de la ville d’Hénin-Beaumont, ville conquise par le Front National en mars dernier.

Culture, Front National, ce ménage impossible.

Une fois la lettre écrite, je l’ai posté sur les réseaux sociaux. Et les réactions m’ont amené à construire un projet artistique collaboratif à partir de cette base littéraire.
Ce petit post de blog est donc un appel à écriture : je cherche de bonnes plumes pour inventer de fausses lettres de motivation, ou de vraies lettres de non-motivation. Pourvu qu’elles aient des qualités littéraires, qu’elles soient drôles ou belles ou, mieux, les deux.
De cette compilation, je tirerais un recueil numérique, sous une forme que je n’ai pas encore déterminé. Un archipel de réactions, posé dans l’éther de nos vies numériques, et les nuages qui les relient. Parce que les internets sont d’abord un lieu de création et d’inventivité, avant que d’être colonisés par les marchands de tous ordres. Et parce que le geste artistique reste l’un des meilleurs moyens de lutte contre la bêtise, l’obscurantisme et le repli sur soi. En tout cas c’est ce que je crois.
Alors amies lectrices et amis lecteurs, lâchez-vous. Ecrivez, chantez, faites de l’audio, du dessin, un texte, une vidéo, tout ce que vous voudrez. Ecrivez bien ou faites des fautes intentionnelles, qu’importe. Soyez cohérent, intelligent, politique et poète. Envoyez-moi ça par mail, ou en commentaires ici-même.

Voilà la première lettre, l’incipit de cette œuvre collective.

À très vite.

F.

Lettre n°1

Monsieur le Maire,

C’est avec un grand enthousiasme que je vous fait part de ma motivation pour le poste de Directeur des Affaires Culturelles d’Hénin-Beaumont. La ville que vous administrez connaît un nouvel essor, et un rayonnement sans précédent, et je souhaite ardemment participer à cette renaissance par une politique culturelle ambitieuse et forte, ancrée dans l’identité de la commune.
Je n’ai pas toutes les qualifications requises par les grilles bureaucratiques, mais je sais que vous partagez l’idée puissante que les hommes s’élèvent par leur engagement, et que cette foi en l’intérêt général et en la préférence nationale sont plus importantes que de savoir si je suis un fonctionnaire de catégorie A ou C.
En outre, mes fonctions actuelles d’adjoint territorial du patrimoine, et ma formation initiale, m’ont préparé à cette ambition.
Ma formation initiale parle pour moi. Après une licence de droit et histoire de l’Art à l’Université d’Assas-Panthéon, j’ai obtenu un Master 1 « Médias, Information et Communication » dans cette même université, grâce notamment à un mémoire consacré à « La revue Éléments à l’heure du web 2.0. ».
À la suite de quoi j’ai pu intégré le DU Professions du marché de l’Art de l’université Jean Moulin Lyon 3, sanctionné par une mention Très Bien pour mon mémoire : « L’essor des collections privées d’Art en Bavière, et leur régulation par l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, 1940-1945 ».
Mais cette déportation sur les problématiques allemandes a limiter mes possibilités de carrières dans la filière patrimoniale. Ma force de volonté et de diversification m’a alors permis de multiplier les expériences dans différents domaines de la gestion des affaires culturelles.
J’ai ainsi été assistant du directeur de la salle des musiques de Vitrolles entre 2000 et 2002, puis assistant du directeur de la communication à la Mairie d’Orange, en charge des questions lyriques et patrimoniales, de 2002 à 2004. J’ai été ensuite assistant parlementaire de Monsieur Bruno Gollnish, député européen de la circonscription Est, pour lequel j’ai notamment travaillé à l’essor des coopération entre l’Alsace et la Bavière.
Depuis 2009, je suis chargé du projet de coopération culturelle avec Baden-Baden pour le Pays d’Alsace du Nord, poste que je cumule avec un temps partiel de secrétariat de la commune de Fort-Louis, dans le Bas-Rhin.
J’ai donc une expérience complète du domaine culturel, et c’est avec un sentiment de fierté que je porterai la flamme de vos ambitions nouvelles à Hénin-Beaumont.

Sincèrement,
Votre dévoué,

Francis Narèze

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Source de l’image, ici.

De quoi ?, Recyclage

Cuisine-fusion dans les régions

À quelle sauce seront mangées les politiques culturelles ?

Tout le monde en parle. De quoi ? De la fusion des régions. 
Ce fut le jeu du printemps dans les gazettes : « Dessine toi-même la nouvelle carte des régions ». Combien ? 15 ? 10? 12 grandes régions ?
Puis vint la proposition du gouvernement : Languedoc-Roussillon fusionnerait avec Midi-Pyrénées. Émoi, effroi, joie, toute la palette des émotions fut mobilisée par les ténors politiques. Pour le grand public, une seule question vaut qu’on s’y intéresse : qu’est-ce que ça va changer ? Et pour ce qui me concerne, qu’est-ce que ça va changer pour la culture ? 
Alors partons à la recherche de la fusion, de ses conséquences possibles, et de ce que fusion veut dire.

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Le calamar au lard de Fabrice Biasolo à Astaffort, le pigeon rôti sauce tamarin d’Heimana-Yi à Montpellier : la cuisine-fusion régionale comme on l’aime.

« Les régions pourront proposer de fusionner par délibérations concordantes. En l’absence de propositions, le gouvernement proposera par la loi une nouvelle carte des régions ».
Voilà ce que déclarait le 1er ministre Manuel Valls en avril dernier. Immédiatement, on a parlé de « big bang territorial ». C’est que la fusion des régions est la pointe émergée de l’iceberg. Derrière se profile la fin des départements, et la « fusion » de leurs compétences actuelles dans celles des régions ou des intercommunalités. Et pour ces dernières, le regroupement ou le renforcement dans des « métropoles », pour ce qui est des espaces urbains, et dans des communautés de communes renforcées pour ce qui est… du reste du territoire. Bref, de la fusion à plusieurs étages.
En amoureux des belles lettres, on est donc allé chercher ce que le trésor de la langue française cachait derrière le mot fusion.

La fusion, ou comment rendre tout plus fluide

Fusion. Substantif féminin. Au sens actif. Opération qui consiste à liquéfier un corps solide sous l’effet de la chaleur.

Société bloquée, millefeuille administratif, simplification, autant de mots forts qui jalonnent la pensée réformatrice depuis plusieurs décennies. « On » n’y comprendrait rien, nous, les citoyens lambda. Et les politiques, à peine plus. Il faut donc simplifier, rendre plus fluide. Fusionner.
Pour fusionner, il faut donc d’abord chauffer, liquéfier, pour que ça se mélange bien et que ça ne fasse plus qu’un une fois refroidit.
Pour ce qui est de l’échauffement, le gouvernement a gagné son premier pari. Ça s’échauffe fort. Entre les régions qui veulent, et celles qui ne veulent pas, les départements qui hurlent, les communes qui craignent l’absorption par les métropoles, le rural qui craint de disparaître derrière la ville, le paysage régional est chaud. Chaud bouillant. On le sait, le défunt président de la région Languedoc-Roussillon s’est dressé vent debout contre l’idée d’une fusion de la région avec Midi-Pyrénées (et avec n’importe quelle autre). Du côté du Capitole, le président de la région Midi-Pyrénées s’est déclaré ouvert à toutes les discussions. Cela a suffi à faire craindre que le « riche » midi-pyrénéen veuille avaler avec gourmandise le « pauvre » languedocien. Résultat : tout le monde en parle, mais personne ne veut en parler. D’un côté comme de l’autre, très peu d’acteurs institutionnels ont accepté de répondre à nos questions sur le devenir de prochaines politiques culturelles régionales. Et ceux qui ont accepté ne l’ont fait que sous la garantie du sacro-saint « off ». Tout est bouillant, mais pour le moment, rien ne coule facilement, surtout pas la parole. Liquéfaction et fluidité ne sont pas à l’ordre du jour.
L’enjeu est pourtant de taille pour les politiques culturelles régionales. Les collectivités locales apportent plus de 80% des financements publics de la culture, lesquels financements publics représentent au bas mot 60% de l’ensemble des budgets artistiques et culturels en région.

Dans cet apport public, les conseils régionaux apportent un quart des fonds territoriaux, les départements un autre quart, et les communes et leurs regroupements (notamment les communautés d’agglomération), la moitié restante. Fusionner les régions, faire disparaître les départements, renforcer les métropoles, tout ça ne sera donc pas sans incidence sur le tissu culturel des territoires.

La fusion, ou concentrer pour être plus fort

Fusion. Économie : Opération juridique consistant à regrouper plusieurs sociétés en une seule. Synon. concentration.

Au chapitre des arguments qui se veulent rassurants, la fusion devra permettre d’avoir des régions plus fortes. À l’instar des länders allemands ou des communautés autonomes espagnoles, nos futures régions atteindront donc cette taille critique qui ferait d’elles les moteurs du pays. Mais de quoi parle-t-on ici ? De surface ? Du côté de Midi-Pyrénées, on a déjà coutume de dire que la région est la plus étendue de France. Avec ses 45 348 km2, Midi-Py est plus vaste que le Danemark (43 000 km2). Fusionnées, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon représenteraient un territoire de 72 724 km2, pour une population de 5,6 millions d’habitants. Plus vaste et plus peuplé que l’Irlande (70 273 km2 pour 4,7 millions d’irlandais). On s’étonne que les élites sudistes du ballon ovale n’aient pas déjà réclamé leur place à part dans un futur tournoi des 7 nations !
 Ou que l’Occitanie du Grand Sud, finalement (et sans que l’on ait apparemment rien demandé à ses ardents défenseurs) se retrouve au centre des débats, et en quelque sorte régénérée après des siècles d’Histoire commune.

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La nouvelle région sera plus grande que l’Irlande. Ses principales villes seront sur le littoral.

Ainsi retaillée, la nouvelle région se positionnerait dans le haut du tableau européen pour la superficie et la population. L’équivalent des communautés autonomes de Madrid ou de Castilla-la-Mancha, des länders de la Hesse ou de la Bavière, plus grande que le Piémont et la Lombardie réunies !
 Mais la comparaison s’arrête là. Fusionnés, les deux budgets des conseils régionaux monteraient péniblement à 3 milliards d’euros annuels, quand la Hesse ou Madrid disposent de plus de 20 milliards par an. Même en intégrant à la future région l’intégralité des budgets des 13 départements appelés à disparaître, « Languedoc-Pyrénées » atteindrait 12 milliards d’euros de budget annuel. La moitié seulement du budget des consœurs européennes citées en exemple et en comparaison. La moitié de leur PIB régional, aussi. 140 milliards de richesses créées contre 210 à 240 dans les régions européennes similaires.
Et un ensemble vaste. 550 km du point le plus au sud-ouest (Cauterêts) au point le plus au nord-est (Pont-Saint Esprit). 5 heures de route pour le traverser de part en part. Trop vaste pour beaucoup d’acteurs de la culture.
« J’ai déjà du mal avec mes missions régionales actuelles », déclare Phillipe Saunier-Borel, codirecteur du Centre National des Arts de la Rue d’Encausse-les-Thermes, en Haute-Garonne. « Ça marche bien avec le réseau Sud. Mais irriguer le nord de la région depuis ma position est déjà plus compliqué. Alors imaginer aller à Perpignan, en Lozère, ou en Camargue, c’est inenvisageable ». Pour le patron de ce lieu labellisé par l’État, hors de question d’agrandir son territoire déjà trop vaste. « Il faudrait de toute façon deux CNAR sur ce territoire ».
On est loin du discours sur les économies qu’une telle fusion générerait. D’ailleurs, aucun expert ne s’accorde sur ces économies possibles. Le seul point dans lequel tout le monde voit bien où l’État gagnerait à une réorganisation, ce sont ses propres services.
Ainsi apprenait-on début juillet que le chantier de la réforme territoriale de l’État était relancé, sous la triple autorité des ministères de l’Intérieur, de la Décentralisation, et du secrétariat à la réforme de l’État. « À l’échelon régional, l’État se concentrera sur son positionnement stratégique. Son organisation coïncidera avec les 14 futures grandes régions », indique le communiqué diffusé à l’issue du conseil des ministres du 2 juillet dernier. 
Pour parler clairement, il n’y aura plus qu’une seule DRAC pour la future grande région. Personne ne sait encore si cela signifie un seul conseiller théâtre au lieu de deux, un seul conseiller cinéma au lieu de deux, etc. Mais chacun suppute que là est le principal champ d’économie d’un État culturel déjà décrit comme fortement malmené.

La fusion, ou le mélange des intimités

Au figuré. Combinaison, mélange intime de plusieurs éléments.

Fusionner implique « un mélange intime de plusieurs éléments ». Rien ne sert de chauffer les corps, de liquéfier les états, de concentrer les essences, si c’est pour se retrouver avec le même point de départ. « La totalité est plus que la somme des parties », nous disait Aristote.
Pour fusionner, il faut donc se connaître l’un l’autre. On n’écartera donc pas complètement l’idée d’une fusion amoureuse, pour s’attarder d’abord sur le fantasme. « Le vrai risque, c’est de se faire avaler par une région plus riche », nous dit Frédéric Michelet, de la fédération LR des arts de la rue. Pourtant, la supposée richesse du géant midi-pyrénéen reste du domaine du fantasme, en tout cas pour l’échelon régional. Les budgets des deux conseils régionaux sont similaires : 1,5 milliard d’euros. Et côté politiques culturelles, on affiche un budget régional de 30 M€ du côté Midi-Pyrénées, contre 40 M€ côté Languedoc-Roussillon. Le plus gros n’est pas celui qu’on croit.
 Le secteur des arts de la rue, depuis longtemps organisé en fédérations régionales pour défendre ses intérêts, veut entamer rapidement sa propre fusion, en construisant une nouvelle fédération. « Être les premiers interlocuteurs pertinents à l’échelle des nouveaux pouvoirs est un enjeu important pour nous » poursuit Frédéric Michelet.

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Pour ce qui est de la fusion des logos, ça ne devrait pas être trop difficile.
Pour les autres secteurs, le chemin sera plus long. Peu sont déjà organisés à l’échelle de leur propre région. Quant aux agences régionales auxquelles État et régions confèrent généralement des délégations, leur paysage est loin d’être unifié. Le secteur littéraire, seul à disposer de structures similaires de part et d’autre des frontières actuelles, commence à discuter à l’échelle des techniciens. Mais le calendrier est encore très flou. Les discussions vont bon train dans la navette entre le Sénat et l’Assemblée Nationale. La date du prochain scrutin régional n’est toujours pas connue avec certitude. Mars 2015 ? Novembre 2015 ? Enfin, la suppression des conseils généraux pourrait obliger à une périlleuse révision constitutionnelle, que l’exécutif redoute.
En région Languedoc-Roussillon, le décès de Christian Bourquin, farouche opposant à la fusion, pourrait changer la donne. Mais il est trop tôt pour le dire. On comprend dès lors que les discussions entre techniciens de la culture ne soient pas toutes urgentes.

D’autant que dans la plupart des secteurs culturels, les structures sont construites sur des bases différentes, et certains domaines culturels n’ont pas d’outils équivalents dans l’une ou l’autre des deux régions. Chacun entend par conséquent pousser son avantage pour s’imposer comme le chef de file du futur territoire. Au risque de la fusion nucléaire. Einstein ne contredisait-il pas Aristote en déclarant que « la masse d’un atome est toujours inférieure à la masse de ses constituants » ?

(Cet article est paru sous une forme équivalente dans le numéro 55 du magazine Let’s Motiv)

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Ça s'écoute, De quoi ?

On peut vous faire de la place si vous voulez nous rejoindre

Quatrième volet de ces petites mémoires sonores consacrées au mouvement des intermittents. Et dernier concernant Montpellier Danse. Je verrais ce que je fais avec Radio France…
Un machin sonore, ça s’écoute. Donc, clique :

Dimanche, 6 juillet. Encore une fois, les intermittents en lutte se retrouvent devant Montpellier Danse. Une semaine vient de s’écouler, chargée de grève, et de déplacements en Avignon. L’œil des médias s’est tourné vers la cité des papes. Le cœur de la lutte s’est déplacé, et ici, à Montpellier, le mouvement se cherche un nouveau souffle. Et de nouvelles formes d’intervention.

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Extraits sonores : The Revolution will not be televised. Cover de l’intemporel Gil Scott-Heron par Dana Bryant, Giant Steps Volume One, 1993.

Retrouver les autres volets :

La violence du silence par intermittence

L’Agora hors les murs

Salle pleine, rien ne se vide

Ça s'écoute, De quoi ?

Salle pleine, rien ne se vide

Mercredi 25 juin. Ce soir, Montpellier danse. Les personnels hier en grève ont décidé de laisser jouer Empty Moves, la pièce d’Anjelin Prejlocaj, tout comme le mouvement unitaire des intermittents. Ils sont là, pour autant, les artistes et techniciens en lutte. Sur le parvis du Couvent des Ursulines, ils discutent, distribuent des tracts, proposent au public présent de s’afficher comme spectateurs solidaires.

Pause avant la tempête. La salle se remplit, le mouvement se ressource. Après La violence du silence par intermittence, et l’agora hors les murs, troisième volet de cette restitution sonore du conflit des intermittents. Ça s’écoute, donc.

Clique :

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Extraits sonores : Empty Page, Sonic Youth, Murray Street. Empty Words Part 3, John Cage.

Ça s'écoute, De quoi ?

L’Agora hors les murs

Après deux jours d’actions dures, parfois confuses, de blocage partiel des spectacles, les grilles du festival sont closes. Ce soir, Montpellier Danse ne joue pas. Une partie du personnel est en grève, le spectacle ne peut avoir lieu. Chez les intermittents en lutte, l’heure est au soulagement. Les soirées de blocage ont été éprouvantes, et menaçaient de s’envenimer. Le mouvement se radicalise, et nombreux sont ceux qui redoutent désormais les débordements. Tandis que quelques autres les espèrent. Ce soir, l’heure n’est donc plus au silence, mais au dialogue avec le public.

Colères, doutes, radicalisation, dialogue. Après La violence du Silence par intermittence, deuxième volet de cette restitution sonore du conflit des intermittents. Ça s’écoute, donc.
Clique : 

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Crédits photo : CIP-LR.

Extraits sonores : Talk To Me, Tricky, Angels with Dirty Faces, 1988.

Ça s'écoute, De quoi ?

La violence du silence par intermittence

Le conflit des intermittents est un conflit très fort. Et très illustratif de la profonde crise dans laquelle nous avons plongé.
C’est un conflit difficile, car il met en jeu du sens, au delà d’une lutte que peu de gens comprennent, finalement. Et qui pose de constantes questions sur les modalités de la lutte, pour celles et ceux-mêmes qui y sont engagées. Retour sonore sur une action silencieuse. (Ça s’écoute, donc).

Alors clique :

 La suite de cette chronique sonore : L’Agora hors les murs

Montpellier, dimanche 22 juin. Depuis plusieurs semaines, la ville est l’un des principaux foyers du conflit entre les intermittents et le gouvernement. C’est que Montpellier compte de nombreux festivals, dont certains démarrent la saison nationale ou européenne. C’est le cas du Printemps des comédiens, en grève depuis début juin. Mais ce dimanche 22 juin démarre Montpellier Danse, l’un des plus importants festivals de danse européens. Et depuis les déclarations du premier ministre de jeudi dernier, annonçant l’agrément de l’accord et la mise en différé de son application pour ce qui est des articles organisant l’intermittence, le mouvement glisse vers une radicalisation. Et la plupart des intermittents mobilisés considèrent Montpellier Danse comme une très importante caisse de résonance…

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(photo ciplr)

Après l’action silencieuse, la parole se libère dans l’AG improvisée, place Candolle.

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Extraits sonores : Enjoy the silence, Tori Amos, Strange Little Girls, 2001, Silence, Portishead, Third, 2008.

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Une économie de la culture, pas de la culture à l’économie

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Depuis plus de 10 ans, l’essentiel de mon activité professionnelle s’est résumé à une seule chose : construire les conditions du développement d’une économie de la culture. Faire en sorte que l’on reconnaisse les structures culturelles et artistiques comme des entreprises artistiques. Avec leur spécificité, mais également avec leur besoin d’entreprises. Il a fallu d’abord imposer cette idée au sein d’un secteur qui y était majoritairement rétif. Puis il s’est agi de convaincre les puissances publiques que la culture était une économie.

J’ai fait ça au détriment de toute rentabilité économique, sans concession, dans une utopie d’entreprise militante. J’y ai laissé énormément de plumes, mes associés se sont épuisés à me suivre, et ils avaient raison, tant nous avions l’impression de prêcher dans un désert.

Les choses ont changé, le rapport Filipetti a fait sauter des verrous, certes. Mais sur le terrain, les choses vont lentement.

Je me suis engagé dans cette campagne municipale avec le sentiment que cela devenait possible, que le moment était peut-être venu. Et que cette dimension des politiques culturelles est de toute façon devenue une urgence, parce que les fonds publics dédiés à la culture vont continuer à stagner, et qu’il faut trouver ailleurs les moyens d’une viabilité économique des entreprises artistiques et culturelles.

Dans le dialogue avec Jean-Pierre Moure et Nicole Bigas, j’ai trouvé, pour la première fois dans cette région, un responsable politique qui non seulement comprenait ce que je disais, mais qui était convaincu que la culture est une économie, et qu’il faut aussi l’aider comme telle. Qui comprenait que faire de la culture à l’économie était une impasse, et qu’au contraire, il fallait construire les outils pour développer l’économie de la culture, accompagner le développement des entreprises artistiques, inventer les outils pour le faire.

Le programme culturel de cette liste n’est pas parfait. Aucun programme n’est parfait. Mais les dimensions de l’emploi culturel et de l’économie de la culture ne sont pas traitées comme une priorité parmi d’autres. Elles sont au cœur du projet.

Elles sont au cœur de la réflexion sur le soutien aux entreprises artistiques, sur les outils d’accompagnement, « les incubateurs », qui, bien sûr, ne ressembleront pas aux incubateurs de start-up existants, mais s’appuieront sur un savoir-faire éprouvé. J’ai vu tant de projets artistiques de talents éclore dans cette région, et buter sur un plafond de verre, parce que les compétences en gestion, en communication, la connaissance de l’économie spécifique de telle ou telle discipline pêchaient. Les outils que nous voulons construire sont de cet ordre : permettre aux porteurs de projet artistiques d’être accompagnés sur les dimensions qui leur manquent pour percer. C’est ça le sens de l’incubateur. Et derrière ça, il y a l’idée forte que l’économie de l’art est une économie du risque et du prototype, et qu’on ne peut pas faire porter sur les seuls artistes l’intégralité du risque. C’est le rôle de la puissance publique, comme c’est son rôle dans les autres secteurs économiques. Aider les entreprises artistiques de talent, depuis le repérage des émergentes à l’accompagnement des confirmées sur les dimensions qui leur manque pour être viables.

Ces dimensions sont aussi au cœur de la partie du projet sur l’accès à la culture et la proximité. Bien sûr qu’il faut tenir un discours de la vérité, que les acteurs artistiques de ce territoire n’arriveront pas tous à vivre de leurs créations, que l’action culturelle, l’implication sur le territoire doivent aussi être valorisées, et que ceux qui font ça sérieusement doivent pouvoir en vivre même si la DRAC les ignore. C’est pour cela que l’on veut construire des conventions sur 3 ans, que l’on cherchera à consolider de l’emploi en réfléchissant aux complémentarités d’activité et de mission.

Et ces dimensions sont aussi au cœur de la réflexion patrimoniale. Avec un supplément d’âme. Que l’histoire de cette ville ne soit pas seulement une histoire pour touristes, mais que les Montpelliérains s’en emparent pour mieux être acteurs de leur ville.

Et pour tout ça, je peux considérer que le boulot a été fait dans la préparation de ce projet.

Ami-es artistes, cultureux de tous bords, soutiers de back-office, techniciens de spectacle ou cachetonneurs, je n’ai pas à vous dire ce que vous aurez à faire dimanche 23 mars.

Moi, j’irai voter pour la liste dans laquelle je suis engagé. La liste conduite par Jean-Pierre Moure. C’est la seule, à mes yeux, qui porte un projet et qui donne sens à nos futures politiques culturelles.


 

De quoi ?

Georges Frêche est mort. Le temps de l’instrumentalisation de l’art est fini.

À l’approche de la ZAT Paillade, les articles de presse se multiplient,  pointant le risque de manifestations ou de violences pendant la sixième édition de ces Zones Artistiques Temporaires, cette fois implantée dans le grand quartier populaire de Montpellier. Combien de papiers dans la presse locale ? 3, 4, 6 ? Trop.

À force, la répétition interroge. Est-ce qu’on ne serait pas en présence d’un jeu malsain, qui consisterait à instrumentaliser l’objet culturel à des fins bien plus politiques ?

D’abord, il y a le couplet sur le coût.
La ZAT, c’est cher, insinue-t-on.
500 000 € par édition.

– Ouille, ma bonne dame, ça douille, dites-donc !
– Une demie patate ?!
– Mettre ça dans un quartier populaire, pauvre, qui connait la misère et la précarité, c’est un peu indécent, non ?
–  En plus c’est de la culture pour bobos, les gens des quartiers, ils s’en battent l’œil, du beau. 

Litanie de café du commerce, dans laquelle, en cherchant à délégitimer l’objet artistique, on distille sans même le voir un bon vieux fond de racisme social.

Chère, la ZAT ? Chère par rapport à quoi ? Au nombre de spectateurs ? C’est vrai, entre 20 et 50 000 suivant les éditions, ça fait peu…
Quand Euterp, l’association qui chapeaute l’Orchestre et l’Opéra, remonte une pièce, certes magnifique, pour 800 000 € et 3 représentations qui rassemblent 6000 personnes, et rapportent 150 000€ de billetterie, c’est cher ?
Chère par rapport à quoi ? Au niveau de vie de la population qu’elle veut toucher ? Parce que la culture pour les pauvres, il faut qu’elle soit pauvre ?
Quand on annonce qu’on va couvrir le stade de la Mosson et faire des parkings autour, le tout pour 50 millions d’€, c’est pas trop cher pour le quartier ?
Ce débat a le don de m’énerver.

Je ne suis pas en train de défendre à tout prix les ZAT.
J’aime ces manifestations, dans ce qu’elles sont. Elles ont permis de relancer une politique culturelle municipale qui était à l’agonie, même pas digne d’une ville de moins de 50 000 habitants.
Elles ont permis de sortir l’art des murs dans lesquels une politique culturelle uniquement axée sur le rayonnement d’institutions labellisées l’avait confiné.
Elles touchent, par ce fait, un autre public, beaucoup plus large. Loin de n’être qu’un public d’habitués de l’art, de spectateurs professionnels.
Elles croisent la politique culturelle avec la ville dans son ensemble.
Toutes choses que je défends depuis longtemps, et que j’ai trop longtemps prêché dans le désert.
Ça ne signifie pas que tout est bien.
La Zat Paillade, pour la 1ère fois, a entrepris sérieusement un travail en amont de la manifestation. Avec une implication d’équipes sur le territoire, un travail de pratiques amateurs, de médiation, qui n’avait pas été mené jusque-là.
Ce n’est pas un reproche, le “jusque-là”. Il a fallu imposer la manifestation. Artistiquement, d’abord. Politiquement, ensuite. Et ce ne fut pas facile.
La médiation, le travail en amont, est un nouvel étage. Nous aurons deux jours pour juger de ce qu’il apporte.
Il manque encore deux étages pour que le travail soit global.
D’une part, il faudra que la Ville associe d’autres collectivités pour permettre aux équipes artistiques qui œuvrent dans l’espace public de travailler sur le long terme. L’objectif, à terme, est que Montpellier accueille une fabrique des arts de la rue qui manque cruellement en région.
D’autre part, et c’est l’inquiétude que pointent certains acteurs du quartier, la mobilisation en amont des ZAT devra déboucher sur une nouvelle politique culturelle dans les quartiers. Parce que si la ZAT Paillade réussit dans son ambition, elle créera des attentes. Et la Ville devra répondre à ces attentes. Et avec elle, les autres niveaux de collectivités, pour que les Zones Artistiques Temporaires laissent après elles des territoires permanents de la culture.

Alors profitons de ces échos polémiques infertiles pour le dire tout haut à nos édiles :

“Georges Frêche est mort, le temps de l’instrumentalisation de l’art est fini”.
Ce territoire a cruellement besoin de repenser toutes les politiques culturelles mises en œuvre depuis 30 ans. L’incapacité des différentes collectivités à envisager le renouvellement des équipes et des projets est inquiétante. Leur incapacité à travailler correctement ensemble est catastrophique. Ce que nous attendons collectivement de nos responsables est qu’il prennent sérieusement cet enjeu en main, pas qu’ils fassent des artistes les otages de leurs compétitions stériles.

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Allez, bonne ZAT.

(photo : Libre comme l’air, projet Li Wei – Zat Paillade)