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De quoi ?

Reconstruire une passerelle entre l’histoire et le présent

Un lien historique s’est rompu, la passerelle du Jardin de la Reine n’est plus.

Dans la nuit du 15 au 16 juillet, les services de la ville ont fait procéder à l’enlèvement de la passerelle du Faubourg Saint Jaumes, qui reliait historiquement le Jardin des Plantes et le Jardin de la Reine, par le bâtiment de la « Vieille Intendance ».

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Outre l’état délabré et dangereux de la passerelle, cette décision est, paradoxalement, la conséquence de la première victoire de l’association de sauvegarde du Jardin de la Reine et de la vieille Intendance. En faisant racheter le Jardin de la Reine par la ville de Montpellier, la mobilisation citoyenne a conduit l’administration des domaines, en charge de vendre les deux biens de l’État, à scinder ce qui n’était qu’un seul lot, et à imposer à l’acheteur du Jardin l’enlèvement de la passerelle qui les reliait.

Parce que le bâtiment de la vieille Intendance est toujours en vente. L’État n’a pas abandonné l’idée de brader ce patrimoine historique.

Pourtant, ce bâtiment est d’une importance patrimoniale claire pour la ville et l’université. Il est, historiquement, le bâtiment de direction du Jardin des Plantes, le plus ancien jardin botanique de France, le lieu où tant d’innovations médicales et botaniques ont pu voir le jour, et faire de Montpellier une grande ville universitaire, et une grande place de l’histoire de la médecine.

La passerelle symbolisait le lien entre les deux parties de ce qui n’était qu’un même ensemble durant des siècles, en même temps qu’elle reliait deux jardins aux ambitions différentes, le Jardin des Plantes, lieu de recherche médicale et botanique, et le Jardin de la Reine, lieu d’expérimentation pour les fondateurs du Jardin des Plantes. C’est là que Richer de Belleval a conçu sa première « montagne » artificielle, testant la possibilité d’un écosystème équilibré et productif, fondant les principes de ce que l’on appellera des siècles plus tard l’agroécologie, l’agroforesterie, la permaculture, disciplines redécouvertes notamment dans le pôle agronomique montpelliérain, l’un des plus importants pôles de recherche mondiaux en agronomie, l’un des fers de lance de l’économie montpelliéraine actuelle.

La passerelle, lien symbolique, était aussi un pont entre l’histoire de la recherche montpelliéraine, son présent, et son avenir.

L’association de sauvegarde du Jardin de la Reine mettra tout en œuvre pour que le bâtiment de la Vieille Intendance ne soit pas vendu à des investisseurs privés, mais reste dans le giron public. Elle travaille à convaincre les collectivités et les universités de la pertinence d’un projet de réhabilitation qui conserve le périmètre historique du Jardin des Plantes, et qui soit le lieu où s’articule la recherche, la pédagogie, et la sensibilisation du public le plus large sur le colossal patrimoine montpelliérain en matière de recherche botanique et médicale, et son importance capitale pour l’avenir de la ville comme de la science. Ce bâtiment est au cœur de l’histoire de la Ville et de son identité.

L’association lancera en septembre une initiative citoyenne pour sauver la « Vieille Intendance ». Et lorsque nous aurons gagné ce combat, nous ferons reconstruire la passerelle. Promis.

La passerelle avant et après

 Rue du Faubourg Saint Jaumes, avant et après l’enlèvement de la passerelle.

Ça s'écoute, De quoi ?

On peut vous faire de la place si vous voulez nous rejoindre

Quatrième volet de ces petites mémoires sonores consacrées au mouvement des intermittents. Et dernier concernant Montpellier Danse. Je verrais ce que je fais avec Radio France…
Un machin sonore, ça s’écoute. Donc, clique :

Dimanche, 6 juillet. Encore une fois, les intermittents en lutte se retrouvent devant Montpellier Danse. Une semaine vient de s’écouler, chargée de grève, et de déplacements en Avignon. L’œil des médias s’est tourné vers la cité des papes. Le cœur de la lutte s’est déplacé, et ici, à Montpellier, le mouvement se cherche un nouveau souffle. Et de nouvelles formes d’intervention.

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Extraits sonores : The Revolution will not be televised. Cover de l’intemporel Gil Scott-Heron par Dana Bryant, Giant Steps Volume One, 1993.

Retrouver les autres volets :

La violence du silence par intermittence

L’Agora hors les murs

Salle pleine, rien ne se vide

Ça s'écoute, De quoi ?

Salle pleine, rien ne se vide

Mercredi 25 juin. Ce soir, Montpellier danse. Les personnels hier en grève ont décidé de laisser jouer Empty Moves, la pièce d’Anjelin Prejlocaj, tout comme le mouvement unitaire des intermittents. Ils sont là, pour autant, les artistes et techniciens en lutte. Sur le parvis du Couvent des Ursulines, ils discutent, distribuent des tracts, proposent au public présent de s’afficher comme spectateurs solidaires.

Pause avant la tempête. La salle se remplit, le mouvement se ressource. Après La violence du silence par intermittence, et l’agora hors les murs, troisième volet de cette restitution sonore du conflit des intermittents. Ça s’écoute, donc.

Clique :

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Extraits sonores : Empty Page, Sonic Youth, Murray Street. Empty Words Part 3, John Cage.

Ça s'écoute, De quoi ?

L’Agora hors les murs

Après deux jours d’actions dures, parfois confuses, de blocage partiel des spectacles, les grilles du festival sont closes. Ce soir, Montpellier Danse ne joue pas. Une partie du personnel est en grève, le spectacle ne peut avoir lieu. Chez les intermittents en lutte, l’heure est au soulagement. Les soirées de blocage ont été éprouvantes, et menaçaient de s’envenimer. Le mouvement se radicalise, et nombreux sont ceux qui redoutent désormais les débordements. Tandis que quelques autres les espèrent. Ce soir, l’heure n’est donc plus au silence, mais au dialogue avec le public.

Colères, doutes, radicalisation, dialogue. Après La violence du Silence par intermittence, deuxième volet de cette restitution sonore du conflit des intermittents. Ça s’écoute, donc.
Clique : 

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Crédits photo : CIP-LR.

Extraits sonores : Talk To Me, Tricky, Angels with Dirty Faces, 1988.

Ça s'écoute, De quoi ?

La violence du silence par intermittence

Le conflit des intermittents est un conflit très fort. Et très illustratif de la profonde crise dans laquelle nous avons plongé.
C’est un conflit difficile, car il met en jeu du sens, au delà d’une lutte que peu de gens comprennent, finalement. Et qui pose de constantes questions sur les modalités de la lutte, pour celles et ceux-mêmes qui y sont engagées. Retour sonore sur une action silencieuse. (Ça s’écoute, donc).

Alors clique :

 La suite de cette chronique sonore : L’Agora hors les murs

Montpellier, dimanche 22 juin. Depuis plusieurs semaines, la ville est l’un des principaux foyers du conflit entre les intermittents et le gouvernement. C’est que Montpellier compte de nombreux festivals, dont certains démarrent la saison nationale ou européenne. C’est le cas du Printemps des comédiens, en grève depuis début juin. Mais ce dimanche 22 juin démarre Montpellier Danse, l’un des plus importants festivals de danse européens. Et depuis les déclarations du premier ministre de jeudi dernier, annonçant l’agrément de l’accord et la mise en différé de son application pour ce qui est des articles organisant l’intermittence, le mouvement glisse vers une radicalisation. Et la plupart des intermittents mobilisés considèrent Montpellier Danse comme une très importante caisse de résonance…

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(photo ciplr)

Après l’action silencieuse, la parole se libère dans l’AG improvisée, place Candolle.

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Extraits sonores : Enjoy the silence, Tori Amos, Strange Little Girls, 2001, Silence, Portishead, Third, 2008.

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À Montpellier, EELV est en état de mort clinique

À Montpellier, EELV est en situation de mort clinique. C’est l’aboutissement d’une lente dérive clientéliste.

Voilà le texte que j’ai co-signé avec Nicolas Dubourg, Christian Dupraz, Nadja Flank, Jacqueline Markovic, Marie Massart, et Manu Reynaud.

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Les résultats des élections municipales du 30 mars 2014 ont placé EELV à Montpellier dans une situation de mort clinique.

Un projet politique indigent, une stratégie inepte, des leaders disqualifiés, une poignée d’affidés en guise de militants, plus de local, plus de permanent : le cadavre doit être regardé avec lucidité.

Notre mouvement, qui était présenté il y a encore un an comme la deuxième force politique de la ville, n’aura plus de groupe, fut-il d’opposition, au conseil municipal, puisque sur les 12 personnes investies par le groupe local, seule une siégera, dans l’opposition.

Nous sommes donc passés de 9 élu-es écologistes dans la majorité en 2001, à 4 conseillers d’opposition en 2008, pour finir à un seul en 2014, quand dans le même temps deux de nos anciens adhérents siégeront dans la majorité.

Ce résultat est la conséquence d’une stratégie désastreuse, d’une combinaison politicienne à courte vue mise en œuvre par Mustapha Majdoul, fort d’une écrasante majorité basée sur des adhésions de complaisance et des pratiques frauduleuses.

Cette situation de main mise de type clanique a empêché tout débat réel et toute analyse approfondie des enjeux et des contextes au sein du groupe local d’Europe Écologie Les Verts.

Cette stratégie a été sévèrement sanctionnée dans les urnes dimanche dernier. C’est la démonstration que l’on n’achète pas l’électorat écologiste avec un logo et des arrangements d’appareils, mais qu’on le convainc sur la base d’un projet cohérent et solide. Le succès d’Eric Piolle et des écologistes à Grenoble en fournit un éclatant symbole.

C’est aussi la démonstration que les pratiques clientélistes, à l’œuvre au sein de notre parti comme au sein de l’électorat, peuvent contrôler la désignation des têtes de liste et l’imposition d’une stratégie, mais sont rejetées massivement par les électeurs.

Trois d’entre nous, candidat-es sur cette liste d’union opportuniste entre PS et EELV, peuvent témoigner de ce rejet massif dans la population, et de l’absence voulue et affirmée de toute réflexion collective des représentants d’EELV durant cette séquence.

Pour toutes ces raisons, il nous apparaît désormais impossible de continuer ainsi.

Ces dysfonctionnements ne sont pas nouveaux. Ils gangrènent le fonctionnement démocratique de nos instances locales, et rendent impossible l’expression d’un discours écologiste sincère et crédible. Un point de non retour a été atteint aujourd’hui.

C’est pourquoi nous demandons aux instances nationales la dissolution du groupe local EELV et sa re-création sur des bases saines, sans cartes de complaisance, dans le respect des règles démocratiques que nous défendons dans notre mouvement comme dans la société tout entière.

Le clientélisme politique a profondément sali l’espace politique, économique et social montpelliérain. Nous, écologistes, refusons de l’accepter comme une fatalité proliférant sur la précarité et la pauvreté de nos concitoyens. C’est donc d’abord en notre sein que nous devons radicalement trancher.

François Baraize, Nicolas Dubourg, Christian Dupraz, Nadja Flank, Jacqueline Markovic, Marie Massart, Manu Reynaud.
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Au printemps, le ginkgo renaît toujours

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Je voudrais remercier toutes celles et ceux qui nous ont soutenus, aidé, encouragé pendant cette campagne municipale. Pour moi et pour mes camarades écologistes Jacqueline et Marie, c’était une dure campagne. Nous n’étions pas à l’endroit où nous aurions voulu être. Cette stratégie n’était pas la nôtre. Nous l’avons subie et assumée par loyauté. Mais ce n’était pas la stratégie qui nous semblait la plus efficace pour transformer cette ville et son territoire par un projet écologiste, durable, solide. Comme elles, j’ai mis toute l’énergie que je pouvais mettre, loyalement, pour tenter des choses de l’intérieur, contrer l’apathie, les verrouillages et les blocages d’une société montpelliéraine qui a du mal à croire en son avenir, et poser les fondations d’un autre débat politique. Je l’ai fait en croyant que c’est possible, comme ça je peux me regarder dans la glace.

Je prendrais le temps de faire un bilan plus détaillé dans quelques jours, et de raconter un peu comment j’ai vécu les choses de l’intérieur, parce que je crois qu’il est essentiel de dire comment les choses se passent.

Philippe Saurel a gagné, au terme d’une campagne dans laquelle il a su indéniablement trouver l’angle du moment, et la stratégie la plus efficace pour l’imposer.

Je le félicite : il a su se mettre à l’écoute de la ville, et entendre le ras de bol des Montpelliérains face aux pratiques clientélistes qui touchent tous les appareils politiques montpelliérains, y compris EELV. Il s’est passé peu de journées pendant cette campagne où je n’ai pas entendu ce ras-le-bol.

Il s’est également passé peu de jours sans que je n’entende une vraie interrogation sur le devenir de la ville. Je regrette profondément qu’aucun véritable projet écologiste n’ait émergé dans cette campagne, et qu’il n’y ait pas eu de bulletin vert à mettre dans l’urne au 1er tour.

Fort de son hégémonie sur le groupe local EELV de Montpellier, Mustapha Majdoul a mis en œuvre des combinaisons politiques à courte vue, entraînant la quasi-disparition de l’écologie politique dans cette ville, alors que nous étions en mesure de porter un projet écologiste qui aurait pesé dans le débat. Cette stratégie, ici comme à Marseille, a été sévèrement sanctionnée dans les urnes dès le premier tour. Alors même que, dans toutes les grandes villes où les écologistes se sont présentés sur un projet autonome, leurs idées ont progressé dans l’opinion comme dans les futurs gouvernements locaux, EELV, qui avait 3 conseillers municipaux dans l’opposition lors du dernier mandat, en aura 1, toujours dans l’opposition. Quelle débandade. Il faudra en tirer toutes les conséquences.

Il faut maintenant reconstruire l’écologie politique à Montpellier. C’est un travail de fond, et d’abord un travail sur les dossiers. Les écologistes exerceront leur vigilance dans la mise en œuvre des engagements du nouveau conseil municipal, et du nouveau conseil d’agglomération.

C’est aussi la nécessité d’ouvrir le débat, beaucoup plus largement. Face à cette défaite des systèmes partisans, il n’y a qu’une alternative : tenter de reconstruire un système identique sur les cendres de celui qui vient de mourir, ou profiter du seul acquis de cette campagne d’union, la transversalité des pratiques, pour permettre à une génération de démocrates de préparer un autre projet pour la ville. Un projet fondé sur la transparence démocratique, la sobriété des finances publiques, la gestion durable de nos ressources, la transformation de l’économie locale autour d’un projet durable. L’écologie est une alternative globale. Elle ne se construit ni par la révolution, ni par l’incantation, encore moins par le greenwashing. Elle se construit en pollinisant, en montrant qu’elle est possible au quotidien. Ni par des accords d’appareils, ni par l’enfermement dans des niches confortables et minoritaires, mais par le débat, et la sincérité des engagements.

C’est le moment. Au printemps, le ginkgo renaît toujours, et bourgeonne.

*«Et pourquoi le ginkgo?» me demande-t-on. Parce que le ginkgo est un arbre légendaire, fossile, rescapé des ères précédentes, et qu’il renaît toujours. A Hiroshima, le premier signe de renaissance de la vie fut le bourgeon d’un ginkgo, que le feu nucléaire n’avait pas pu détruire. Les premiers ginkgos français ont été implantés à Montpellier, au jardin des plantes.

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Une économie de la culture, pas de la culture à l’économie

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Depuis plus de 10 ans, l’essentiel de mon activité professionnelle s’est résumé à une seule chose : construire les conditions du développement d’une économie de la culture. Faire en sorte que l’on reconnaisse les structures culturelles et artistiques comme des entreprises artistiques. Avec leur spécificité, mais également avec leur besoin d’entreprises. Il a fallu d’abord imposer cette idée au sein d’un secteur qui y était majoritairement rétif. Puis il s’est agi de convaincre les puissances publiques que la culture était une économie.

J’ai fait ça au détriment de toute rentabilité économique, sans concession, dans une utopie d’entreprise militante. J’y ai laissé énormément de plumes, mes associés se sont épuisés à me suivre, et ils avaient raison, tant nous avions l’impression de prêcher dans un désert.

Les choses ont changé, le rapport Filipetti a fait sauter des verrous, certes. Mais sur le terrain, les choses vont lentement.

Je me suis engagé dans cette campagne municipale avec le sentiment que cela devenait possible, que le moment était peut-être venu. Et que cette dimension des politiques culturelles est de toute façon devenue une urgence, parce que les fonds publics dédiés à la culture vont continuer à stagner, et qu’il faut trouver ailleurs les moyens d’une viabilité économique des entreprises artistiques et culturelles.

Dans le dialogue avec Jean-Pierre Moure et Nicole Bigas, j’ai trouvé, pour la première fois dans cette région, un responsable politique qui non seulement comprenait ce que je disais, mais qui était convaincu que la culture est une économie, et qu’il faut aussi l’aider comme telle. Qui comprenait que faire de la culture à l’économie était une impasse, et qu’au contraire, il fallait construire les outils pour développer l’économie de la culture, accompagner le développement des entreprises artistiques, inventer les outils pour le faire.

Le programme culturel de cette liste n’est pas parfait. Aucun programme n’est parfait. Mais les dimensions de l’emploi culturel et de l’économie de la culture ne sont pas traitées comme une priorité parmi d’autres. Elles sont au cœur du projet.

Elles sont au cœur de la réflexion sur le soutien aux entreprises artistiques, sur les outils d’accompagnement, « les incubateurs », qui, bien sûr, ne ressembleront pas aux incubateurs de start-up existants, mais s’appuieront sur un savoir-faire éprouvé. J’ai vu tant de projets artistiques de talents éclore dans cette région, et buter sur un plafond de verre, parce que les compétences en gestion, en communication, la connaissance de l’économie spécifique de telle ou telle discipline pêchaient. Les outils que nous voulons construire sont de cet ordre : permettre aux porteurs de projet artistiques d’être accompagnés sur les dimensions qui leur manquent pour percer. C’est ça le sens de l’incubateur. Et derrière ça, il y a l’idée forte que l’économie de l’art est une économie du risque et du prototype, et qu’on ne peut pas faire porter sur les seuls artistes l’intégralité du risque. C’est le rôle de la puissance publique, comme c’est son rôle dans les autres secteurs économiques. Aider les entreprises artistiques de talent, depuis le repérage des émergentes à l’accompagnement des confirmées sur les dimensions qui leur manque pour être viables.

Ces dimensions sont aussi au cœur de la partie du projet sur l’accès à la culture et la proximité. Bien sûr qu’il faut tenir un discours de la vérité, que les acteurs artistiques de ce territoire n’arriveront pas tous à vivre de leurs créations, que l’action culturelle, l’implication sur le territoire doivent aussi être valorisées, et que ceux qui font ça sérieusement doivent pouvoir en vivre même si la DRAC les ignore. C’est pour cela que l’on veut construire des conventions sur 3 ans, que l’on cherchera à consolider de l’emploi en réfléchissant aux complémentarités d’activité et de mission.

Et ces dimensions sont aussi au cœur de la réflexion patrimoniale. Avec un supplément d’âme. Que l’histoire de cette ville ne soit pas seulement une histoire pour touristes, mais que les Montpelliérains s’en emparent pour mieux être acteurs de leur ville.

Et pour tout ça, je peux considérer que le boulot a été fait dans la préparation de ce projet.

Ami-es artistes, cultureux de tous bords, soutiers de back-office, techniciens de spectacle ou cachetonneurs, je n’ai pas à vous dire ce que vous aurez à faire dimanche 23 mars.

Moi, j’irai voter pour la liste dans laquelle je suis engagé. La liste conduite par Jean-Pierre Moure. C’est la seule, à mes yeux, qui porte un projet et qui donne sens à nos futures politiques culturelles.


 

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C’est quoi, pour vous, être montpelliérain ?

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«Il n’est pas Montpelliérain». «Le maire de Cournonsec», «Il faut un maire montpelliérain pour Montpellier», «Les maires de Montpellier sont des universitaires».

Ces phrases, prononcées par deux têtes de liste pour les municipales de Montpellier, elles ne vous ont pas fait bizarre ? Moi, elles m’ont interrogé.

Bien sûr, je pourrais me dire que c’est juste une attaque ad hominem envers Jean-Pierre Moure. Mais, à bien y réfléchir, je crois qu’elles traduisent quelque chose de beaucoup plus profond, et de beaucoup plus inquiétant.

Derrière ces attaques, il y a comme une vision dépassée de la ville, antinomique de tout discours sur l’avenir. Ces phrases interrogent une double identité, celle de la ville et celle des Montpelliérains.

C’est quoi, pour vous, être montpelliérain ?

On est pas Montpelliérain parce qu’on est né ici, qu’on y a grandi ou qu’on appartient à une dynastie de barons de Caravètes. Ça, c’est du folklore.

Dire ça, penser ça, c’est être aveugle à une réalité sociologique qui a submergé la ville : 75% des Montpelliérains adultes ne sont pas nés à Montpellier. Si l’on voulait, à partir de la liste électorale, dresser le portrait robot d’un Montpelliérain électeur, on tomberait sur un ou une Montpelliéraine de 48 ans, née en Ile de France, en Paca, en Rhône-Alpes ou en Pays de Loire, installée depuis 5, 10 ou 25 ans dans cette ville. Ce portrait-là, c’est plus d’un électeur sur deux. C’est ça le Montpelliérain contemporain. Moi qui suis né à Lyon, qui ai 47 ans et qui suis là depuis 20 ans, je suis un Montpelliérain type, quand Domergue et Saurel sont des espèces en voie de disparition.

Pourquoi est-ce que je suis devenu Montpelliérain ? Pourquoi est-ce que cette nouvelle génération est devenue montpelliéraine ? Comment l’est-elle devenue ?

Je suis montpelliérain parce que, comme les 3/4 des Montpelliérains, je suis né ailleurs, j’ai grandi ailleurs, et que je me suis installé ici parce que j’ai aimé cette ville.

C’est quoi pour vous être montpelliérain ? Moi je suis montpelliérain parce que j’aime cette ville. J’y suis venu un jour pour travailler, et j’ai voulu y rester. Pas pour le soleil. Au début, le soleil, c’était dur. Je suis arrivé en plein mois d’août, et moi, l’alpin, j’avais trop chaud. J’ai aimé cette ville pour ses places, pour ses maisons, pour l’arrière-pays, la mer et les étangs. J’ai aimé cette ville pour ces habitants.

Pour moi c’est juste ça. Je suis montpelliérain parce que j’ai aimé cette ville, et que la ville m’a accueilli.

Parce que c’est ça, Montpellier ! L’identité de Montpellier, c’est ça. Ça fait mille ans que cette ville existe, et ça fait mille ans qu’elle accueille ceux qui viennent du monde entier pour y étudier et y travailler.  Mille ans, ça forge le caractère !

On est montpelliérain parce que la ville nous aime, et parce qu’on l’aime. On est montpelliérain parce que la ville nous a accueillis. Qu’importe que ce soit à la naissance ou plus tard.

Le « miracle » démographique de Montpellier n’est pas commun. D’autres villes du sud auraient pu être l’aspirateur de l’héliotropisme que Montpellier est devenu. Nîmes, Aix-en-Provence, Avignon, ou même Perpignan et Narbonne. Plusieurs conditions se sont mises en œuvre. Le premier boom économique et démographique de l’arrivée des pieds-noirs, le marketing territorial réussi des premières années Frêche (la surdouée, l’entreprenante), tout ça, ce sont des éléments tangibles. Mais ça ne suffit pas. Il faut aussi compter sur l’absence de structures économiques rigides, qui a permis une porosité aux nouveaux secteurs économiques, et sur une société montpelliéraine qui a su accepter cette arrivée de « néo ». Et elle l’a accepté pour plusieurs raisons : parce qu’elle en avait besoin, parce qu’une partie pensait que les « néo » ne lui raviraient jamais le « vrai » pouvoir, et parce que Montpellier est, intrinsèquement, accueillante. Superficielle, mais permissive. La ville t’accueille dans ses espaces publics, pas facilement dans son intimité bourgeoise, d’accord. Mais elle te laisse mener tes aventures.

Tous ces néoMontpelliérains, qui ont connu d’autres villes, d’autres codes, croisé d’autres façons d’entreprendre ou d’être en société, sont devenus montpelliérains parce que, de tout temps, dans toute l’histoire de la ville, Montpellier s’est construite sur le brassage. Être montpelliérain est la plus facile des choses, il suffit de vouloir vivre la ville. Peu de villes peuvent être décrites comme ça. Pas Lyon, pas Marseille, Bordeaux ou Strasbourg.

Et pourtant, dans cette campagne municipale, il y a deux têtes de liste qui pensent et qui disent qu’être montpelliérain ce n’est pas ça. Deux têtes de liste qui pensent et qui disent que pour être maire de Montpellier, il faut être « un vrai Montpelliérain ». Être né et avoir grandi ici, comme eux.

Deux têtes de liste qui pensent qu’elles appartiennent à une caste, celle des grandes familles montpelliéraines, celles des universitaires, des médecins, des avocats. Qui ont de tout temps peuplé cette ville, c’est vrai. Qui l’ont dirigé, souvent. Certes. Mais ce ne sont pas les dynasties d’universitaires qui ont fait la ville. Bien sûr, la république a été proclamée sur le parvis de la faculté de Médecine. Mais ce n’est pas parce que les universitaires possédaient la ville. C’est parce qu’en ces temps troublés, l’Université était un refuge. C’est l’Université qui a fait la ville, pas les universitaires. L’université a façonné Montpellier, comme l’Université a façonné Oxford et Cambridge.

Sauf que Montpellier a grandi. Il y a aujourd’hui plus d’habitants à Montpellier qu’à Cambridge et Oxford réunis !

Le creuset identitaire montpelliérain ne plonge pas ses racines dans les longues dynasties de professeurs, de juristes et de médecins, mais dans l’Université elle-même. Si Montpellier est Montpellier aujourd’hui, c’est parce qu’elle continue d’accueillir des étudiants, des chercheurs du monde entier, et des hommes et des femmes qui brassent, croisent les cultures, les méthodes, les idées. Tout le contraire de l’identité repliée sur les barons de Caravètes.

Et le Montpellier d’aujourd’hui est fidèle au Montpellier de la révolution universitaire et culturelle du Moyen-Age.

L’identité montpelliéraine, c’est que chacun peut, ici, vivre en accord avec la ville et avec les autres, et inventer la ville, comme la ville s’est toujours inventée à partir des nouveaux Montpelliérains qui venaient ici pour étudier et travailler. C’est une ville ouverte, au contraire de Nîmes, d’Aix ou d’Avignon. C’est pour cela qu’elle a attiré, et qu’elle continue d’attirer de nouveaux Montpelliérains, c’est pour cela qu’elle les intègre avec tant de facilité. C’est une ville dont on tombe amoureux parce qu’elle se laisse aimer, au contraire de tant de villes qui se refusent à l’autre, à l’étranger.

Moi je suis un vrai montpelliérain, parce que je suis né ailleurs, que j’ai grandi à Lyon et dans les Alpes, que j’ai vécu à Paris, que j’ai vu d’autres choses, appris d’autres façons de vivre, et que je veux que Montpellier reste cette ville ouverte sur l’avenir et sur le monde. Je suis montpelliérain parce que j’aime cette ville, et je veux continuer à y vivre. Même si ce n’est pas toujours facile.

C’est pour ça que j’ai rejoint l’équipe de Jean-Pierre Moure, parce qu’elle accueille les Montpelliérains comme moi, qu’elle est ouverte aux expériences, à l’énergie d’une nouvelle génération, de nouveaux talents, parce qu’elle connaît la ville.

Philippe Saurel et Jacques Domergue ne veulent pas gouverner la ville, ils veulent juste en être maire, parce qu’ils pensent qu’ils font partie d’une caste qui aurait seule le droit de s’asseoir sur ce fauteuil. Ce sont des dinosaures. Ils ne comprennent pas la ville. Ils ne l’ont pas vu rajeunir et changer.

Nous voulons gouverner la ville pour qu’elle continue à être la ville ouverte, intelligente, et fertile qu’elle est depuis toujours. Pour que l’on continue de l’aimer, et qu’elle continue d’aimer ses habitants, et de se réinventer chaque fois qu’il le faut, pour mieux rester elle-même.

C’est ça, Montpellier !

Pourquoi la photo ? La fontaine du Chabaneau renaît toujours. C’est le premier lieu de la ville où je me suis senti montpelliérain.
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L’abeille, le romantisme politique, et la participation gouvernementale

« Je ne voterai pas pour la liste sur laquelle tu es. Même si c’est vrai que de l’intérieur on semble pouvoir faire bouger plus les lignes, on hypothèque les vraies ruptures, constructions alternatives, dont la ville (le pays) a besoin… »

Je prends ce message pour incipit1, mais j’aurais pu en prendre d’autres, tournés différemment, qui posent la même question, celle de la participation des écologistes aux gouvernements, quelle que soit l’échelle du territoire. Une interpellation qui m’est adressée, comme elle est adressée à toutes celles et ceux qui s’engagent pour gouverner au sein d’une majorité plurielle, quel que soit le rapport de force et les modalités qui président au futur rassemblement.

La participation hypothèquerait, donc. Elle engagerait l’avenir en fonction d’une chose que l’on espère pouvoir acquérir, elle créerait de ce fait une obligation susceptible de compromettre l’accomplissement de quelque chose.

C’est une chose de le dire, c’est autre chose de le démontrer. Hormis le fait que les avancées seraient certainement autres si l’écologie était majoritaire politiquement, qu’est-ce qui permet de dire que la participation aux exécutifs hypothèque les vraies ruptures ? Quels sont les éléments tangibles qui permettent d’étayer cette affirmation ?

Lorsqu’on constate qu’une part très importante du programme fondamental des écologistes s’est diffusée dans le corps social autant que dans le corps politique, et que, si d’autres que nous le mènent, le résultat est souvent du seul greenwashing, peut-on considérer que la non-participation permet de lever l’hypothèque ? Ou n’est-ce pas plutôt l’inverse ?

Il y a lutte, y compris au sein de la formation qui porte l’écologie politique, contre ceux qui se servent du label écolo comme un simple étendard. Qu’est-ce qu’on fait ? On leur laisse le terrain libre ? Dans ce cas là, quelle est l’alternative ? Porter le discours ailleurs, autrement, construire une autre formation politique ? Essayer de reprendre la main sur un outil déjà construit ? Et si on y arrive pas, on laisse filer ?

J’aimerais bien me contenter de cette vision éminemment romantique qui affirme que tant que les conditions ne sont pas réunies pour gouverner idéalement, il faut s’abstenir de gouverner. Non pas que cette position soit rassurante pour l’avenir, mais parce qu’elle permet de rester dans un confort intellectuel, celui de ne pas avoir à affronter les contradictions de la société que l’on souhaite pourtant représenter et changer, et celui de ne pas avoir à affronter ses propres contradictions.

Mais en fait, non, je n’aimerais pas. L’histoire politique m’enseigne une chose à propos du romantisme politique, c’est qu’il n’a que deux débouchés : l’impuissance et le totalitarisme. Donc, jusqu’à ce qu’on me démontre que l’hypothèque est vraiment du côté de la participation, et non l’inverse, je continuerai à lutter à l’intérieur du champ démocratique qui s’impose à nous, plutôt que de témoigner de mon impuissance depuis l’Aventin, en exhortant une plèbe – qui n’existe plus – à prendre d’assaut un mont sacré – tout aussi inexistant.

Ça ne revient en rien à dire que c’est le seul mode d’action politique, qu’il est exclusif d’une pollinisation par d’autres vecteurs.

La pollinisation, cet emprunt politique au comportement des abeilles, qui portent par leur activité quotidienne la possibilité de la vie de proche en proche, est certainement ce qui différencie le plus l’écologie politique des autres courants du changement.  Ce mode de diffusion des idées, par les associations, par l’adoption individuelle d’autres règles de conduite, par l’exemplarité de certains et la faisabilité de solutions techniques, n’est pas qu’une image, une métaphore. C’est le moyen pacifique et efficace de mener la seule révolution qui soit écologiste, la révolution copernicienne, celle qui vise à développer l’état de conscience que l’activité humaine est polluante, et qu’il faut limiter cette « empreinte » si l’on veut permettre aux générations futures de vivre encore sur cette planète.

La participation politique aux institutions qui gouvernent est la traduction, au cœur des appareils de pouvoir, de cette pollinisation. Elle en est le complément indispensable si, comme moi, on refuse la position romantique qui consiste à préférer l’infinité du désir aux satisfactions éventuelles, toujours disqualifiées parce que non idéales, et donc forcément décevantes2.

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Les roses aussi ont besoin d’être pollinisées – Crédit photo : Michael Vincent Miller


  1. et j’espère que son auteur ne prendra pas ombrage de cet emprunt 

  2. Philip Knee, Romantisme et politique, université de Laval, 2007