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De quoi ?

Toutes ces éoliennes qui défigurent les paysages de la Drôme et de l’Ardèche

Je viens de lire un papier d’Hervé Kempf dans le Monde du 8 mars dernier, et la réaction à ce papier d’un collectif anti-éolien de Lozère.
Hervé Kempf écrit : “En Languedoc-Roussillon, le développement de l’éolien est entravé par l’hostilité des collectivités locales. L’Aude et la Lozère s’opposent au schéma régional au nom de la protection de leurs paysages” (pour lire les commentaires du collectif, et la publication – reproduite illégalement – du papier d’Hervé Kempfc’est ici).

Ils ont raison, ces défenseurs du paysage. Quand on voit toutes ces éoliennes qui défigurent les paysages de l’Ardèche et de la Drôme, on les comprend. Tiens, à Tricastin, par exemple, ces éoliennes affreuses :

Tricastin

J’ai grandi en partie à Lyon, dans une région industrielle, à laquelle on accède, en venant du Sud, en traversant “le couloir de la chimie”, qui serpente le long du Rhône. Ici voisinent une vingtaine d’installations industrielles classées “seuil haut”, et une dizaine de “seuil bas”. Installations populairement dénommées “usines Seveso”.

Mais là n’est qu’une périphérie du propos. Le couloir du Rhône, de l’amont de Lyon aux Côtes-du-Rhône, c’est aussi une concentration, sur 200 kilomètres, d’usines nucléaires qui ont toutes plus de 25 ans.

Bugey, 4 réacteurs mis en service en 1979-80, à 40 km au Nord-Est de Lyon ; Saint-Alban, 2 réacteurs mis en service en 1985-86, à 40 km au Sud de Lyon ; Cruas, 4 réacteurs mis en service en 1983-84, à 30 km de Valence et 15 de Montélimar ; Tricastin, 4 réacteurs mis en service en 1980-81, à 20 km au sud de Montélimar, 100 km de Montpellier.

En tout, 12 des 58 réacteurs à eau pressurisée français, qui produisent 21,5% de l’électricité nucléaire française, pour tout le grand quart sud-est.

En d’autres termes, un lozérien ou un audois utilise 75% du temps de l’électricité produite par un de ces 12 réacteurs. Qu’il voit loin de lui. Qu’il ne voit pas.

Et je n’oublie pas que ce couloir du Rhône est également le site de nos expérimentations nucléaires : le défunt Phœnix à Creys-Malville, Marcoule, ses trois réacteurs graphite-gaz arrêtés en attente de démantèlement, ses centres de recherches désuets et son projet Astrid, et Cadarache, centre d’expérimentation civil et militaire, et ses 20 installations.

Toutes ces installations nucléaires sont situées sur une zone de danger sismiqueofficiellement évaluée par le BRGM depuis 2010.

Alors je te le dis à toi, lozérien, audois, ou d’ailleurs, qui refuse le développement de l’éolien près de chez toi : tu as le droit de te battre pour que les normes de l’éolien soient plus respectueuses du paysage, pour que l’énergie produite par les champs éoliens prêts de chez toi soit d’abord au service de ton territoire.

Mais avant de t’engager dans des combats d’un égoïsme assourdissant, tu devrais avoir une pensée pour le million de personnes qui vivent le long du Rhône, exposées au risque nucléaire le plus fort, et qui échangeraient bien l’éolien contre leurs réacteurs en fin de vie, mais toujours prolongés, et qui produisent l’électricité de ton confort quotidien.

Photo de couverture : Les couleurs de demain. Centrale fonctionnant au géranium enrichi. ©Musée du vivant-AgroParisTech

et aussi

De l’écologie politique de masse

J’ai un problème. Je défends des idées qui ont du mal à passer dans la population. Je défends la mise en œuvre de politiques publiques qui soient radicalement différentes de celles qui sont mises en œuvres depuis les trente glorieuses.

J’ai conscience que l’humanité crame les ressources naturelles de la Terre dans une totale inconscience, en se foutant royalement de ce qui restera aux générations futures.

Je veux pouvoir vivre autrement, dans un monde apaisé, partagé.

Mais ça, ça demande énormément de choses.

Ça demande à ce que nous puissions collectivement imposer un autre partage des richesses, que l’écart entre les plus pauvres et les plus riches se réduisent drastiquement à l’échelle de la planète.

Ça demande à ce que nous arrivions à substituer à la production de biens inutiles pour la plupart, une production de biens utiles à tous, une production qui créée de la richesse sur des bases équitables.

Ça demande à ce que nous arrivions à substituer à la production d’énergie à partir de ressources usables, une production d’énergie à partir de ressources renouvelables. C’est d’ailleurs la clé du changement de production et de consommation.

Ça demande à ce que les politiques publiques, locales ou nationales ou européennes, soient pensées différemment, soient construites différemment, avec des systèmes de participation et de contrôle qui empêchent le détournement de l’intérêt général au profit d’intérêts privés. C’est d’ailleurs la pierre angulaire pour que l’impôt redevienne acceptable, et qu’une politique de redistribution des richesses puisse être acceptée.

Comme je crois en la faillite intrinsèque des processus révolutionnaires, qui ont tous été, sans exception, des processus de substitution d’une élite à une autre, j’ai opté depuis longtemps pour une autre méthode de transformation de la société : la diffusion de mes idées dans la société, l’élargissement de leur audience, l’idée forte que tu vas semer une autre façon de faire qui se développera sans toi, que tu vas fertiliser, polliniser, comme une abeille qui en récoltant le pollen permettra à la nature de se reproduire.
Et ce n’est pas facile.
Et c’est long et lent, alors que je vois des urgences.

Alors j’ai opté pour une démarche que j’appelle l’écologie de masse.

L’écologie de masse, ça commence d’abord par un “nous”. La création d’un collectif, dans lequel le pouvoir se partage autant que les idées et les compétences. Un “nous” le plus paritaire possible, parce que la parité est d’une redoutable efficacité.

Dans mon “nous”, on favorise une organisation en binôme paritaire. À deux, c’est mieux.

Une fois que les contours de ce “nous” sont posés, le collectif va te permettre d’agir.

Mais comment ?

Faire de l’écologie de masse, c’est prendre le pari que tu vas diffuser non pas une parole technicienne, experte, élitiste, ou une parole catastrophiste, cassandrienne, faussement radicale, mais une parole accessible à une majorité.

Faire de l’écologie de masse, c’est se donner les moyens de toucher le plus grand nombre possible de gens autour de toi. Les toucher dans leur quotidien, dans leur représentation du monde, des problèmes qu’ils rencontrent. C’est leur montrer des solutions auxquelles ils n’ont pas vraiment pensé.

Et c’est toucher le pus grand nombre possible en évitant au maximum les déformations de tes idées.

Faire de l’écologie de masse, c’est aussi intégrer que toi, militant politique, forcément généraliste, tu dois te mettre au service des engagements associatifs qui partagent tes idées.

Au contraire des partis révolutionnaires qui font du monde associatif une courroie de transmission, au contraire des partis socio-démocrates qui font du monde associatif un terrain de récupération ou de clientélisme, faire de l’écologie de masse, c’est accepter l’idée d’un partage des rôles et des savoir-faire.

Accepter d’utiliser les codes des médias, qui ont besoin de raconter des histoires plus que des idées, mais se servir de cette nécessaire personnalisation des enjeux comme d’un moyen, d’un levier pour faire avancer les causes collectives défendues notamment par les associations. La division du travail entre l’écologie politique et les mouvements associatifs doit être là : le militant politique n’est qu’un porte-voix, un accélérateur, celui qui permet de poser le problème dans la tête de celles et ceux qui sont en charge de la conception et de l’application des règles collectives.

Offrir un vélo au Préfet parce qu’il annonce une sévérité accrue auprès des cyclistes, c’est un résumé de cette méthode.

Face à une parole publique qui discrédite un engagement fondamental des écologistes, un “nous”, un collectif plutôt rodé à de “l’activisme”, décide de réagir, et de réagir vite. Il invente un processus médiatique, au sens où il espère que la forme de l’action permettra qu’elle soit relayée par les médias, et que cette forme médiatisable permettra non pas de masquer, comme trop souvent, mais au contraire de mettre en valeur le fond et les idées.

Le collectif enrôle des acteurs associatifs, qui ne travaillent pas forcément ensemble, et qui seraient réticents à se mettre sous une bannière partisane.

Il leur propose d’être une caisse de résonance, qui favorisera leur expression publique, et renforcera leur légitimité à être des interlocuteurs publics.

Il ne se substitue pas à eux, il ne leur fait pas écran. Il met à leur disposition sa rapidité d’action et sa capacité à communiquer.

L’action est construite ensemble, par un va-et-vient pour valider le message, les objectifs et les modalités concrètes, là encore dans une cohérence entre le fond et la forme.

L’action est réussie si le message est largement diffusé et relayé par les médias, si l’interlocuteur comprend la nécessité d’un dialogue avec les acteurs associatifs, et si ces derniers peuvent enclencher une dynamique de construction de politiques publiques plus efficace à la suite.
Et si la confiance est renforcée entre les partenaires de l’action.

Et si l’action des différents relais donne à d’autres l’envie de participer et de s’engager dans le même sens.

Ça, c’est de l’écologie politique de masse. Comme je l’aime.

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De quoi ?

On aurait peut-être du lui offrir un tandem avec chauffeur

Bon, le Préfet n’a pas voulu de notre beau vélo.
Il en a déjà un. On aurait peut-être dû lui offrir un tandem avec chauffeur, là il n’aurait pas eu d’excuse.
Et puis, reconnaissons-le, nous l’avons pris un peu de court, en le prévenant la veille pour le lendemain.
Mais il sait maintenant que la communauté des cyclistes montpelliérains existe, qu’elle a des choses à dire, et que le mieux serait de l’écouter.
D’autant que ses services doivent lire un peu la presse locale, et qu’elle s’est largement fait l’écho de notre joyeuse manifestation.
La porte est ouverte pour un rendez-vous commun entre le cabinet du Préfet et les associations qui nous soutenaient, Vélocité Languedocle Vieux Biclou, et d’autres qu’elles sauront associer (la Ligue contre la violence routière, et d’autres encore) pour aborder différemment la place du vélo dans les politiques de vigilance et d’éducation à la sécurité routière, et le rôle de l’Etat dans l’accompagnement des politiques locales de déplacement.
À elles de faire le job, maintenant.

Nous, nous resterons actifs. Jacqueline et moi vous tiendrons au courant des suites.

Une petite revue de presse :
“Le Préfet ne veut pas du vélo”, MidiLibre du 22 février 2013
Le Préfet en mode “petit braqué” Direct Montpellier du 22 février 2013
Ils ont d’abord pensé offrir au Préfet un “tandem avec chauffeur” – Montpellier-Journal (accès libre)
“Le Préfet refuse le vélo offert par un collectif de cyclistes” – Médiaterrannée
Le journal de France Bleu Hérault du 22 fev. 2012 (à 8’50”)
“Ils offrent un vélo au Préfet” – 20 mn Montpellier 21 fev. 2013
Des “cyclistes urbains” vont vraiment offrir un vélo à Pierre de Bousquet de Florian” – Montpellier Journal
Les cyclistes invitent le Préfet à pédaler” – Midi Libre du 21 fev. 2013

Crédit photo : Xavier Malafosse

(pour feu Montpellier Journal)

De quoi ?

M. Le Préfet, voilà votre vélo.

M. Le Préfet,

En présentant votre plan 2013 pour la sécurité routière; vous avez déclaré être frappé du nombre de cyclistes qui empruntent les voies de tramway et les sens interdits, faisant référence à une “série” d’accidents graves, pour conclure sur votre volonté que les imprudents cyclistes soient verbalisés avec vigueur.

Cyclistes urbains, acteurs d’une vie cycliste montpelliéraine forte de nombreuses et dynamiques associations, nous avons tenu à réagir avec force, humour et générosité, pour vous inviter à ne plus prendre des cas isolés pour des généralités, et vous faire découvrir une réalité que vous semblez ignorer.

Nous sommes, nous, citoyens de cette ville, usagers de ses services, experts, à notre façon, de notre quotidien.

Nous savons, grâce aux chiffres de VOS services, qu’il n’y a pas de “série” d’accidents graves. Il y a 1 accident grave. Et la série de “1” n’existe pas.

L’imprudence pour un cycliste n’est pas dans l’utilisation des voies de tram, mais dans son insertion dans un traffic automobile. C’est d’ailleurs pour cela que le Code de la Route, dont vous êtes le garant de l’application, permet aux maires d’autoriser la circulation des vélos sur les voies de bus et de tramway.

L’imprudence, pour un cycliste, n’est souvent pas de prendre un sens interdit, et de voir les voitures en face. Mais de prendre le bon sens, et d’avoir les voitures dans le dos. C’est aussi pour cela que le Code de la Route prévoit les contre-sens cyclistes.

L’imprudence pour un cycliste n’est pas toujours de prendre le feu rouge pour un cédez-le-passage, mais de croire que l’automobiliste ne va pas le bousculer au démarrage. Et c’est pour ça que le Code de la Route prévoit depuis un an la possibilité de transformer certains feux rouges en cédez-le-passage. Ce que l’on appelle le tourne-à-droite.
Vos services le disent, M. Le Préfet, le vélo n’est pas, comparativement aux autres modes de transport, dangereux pour autrui. Il est surtout dangereux pour les cyclistes de s’insérer dans la circulation., tant les automobilistes ont du mal à partager la voirie.

Nous cyclistes sommes des partageurs !
Nous voulons une voirie mieux partagée, et plus sûre.
Nous voulons des politiques de déplacements et de sécurité plus intelligentes, et nous partageons notre expérience pour les améliorer.
Et pour mieux la partager avec vous, M. Le Préfet, nous avons décidé de vous offrir un vélo.

Dans un premier temps, nous avions pensé vous offrir un tandem avec chauffeur.
Mais il est de votre devoir de Préfet de vivre cette expérience par vous-même, nous avons décidé de partager avec vous notre réserve de vélos à recycler.

Voici donc un vélo, un biclou, en bon état de marche. Il a quelques petites imperfections, que vous pourrez régler dans un atelier associatif de réparation comme le Vieux Biclou, qui a préparé votre monture aux normes de sécurité.

Nous vous offrons également un module de formation à la conduite du vélo en ville, indispensable pour bien débuter.

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Enfin, nous vous proposons de partager avec nous une balade urbaine à vélo, qui vous permettra de mieux comprendre la réalité des cyclistes en ville, et par la-meme d’amorcer un dialogue fructueux avec les associations d’usagers comme Vélocité. Vous pourrez alors aider au mieux les collectivités locales à aménager une voirie pacifiée, sûre et agréable.

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Il est trop tard pour courir après le temps perdu

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(ou pourquoi je pense qu’il faut refuser d’entrer dans la majorité municipale à Montpellier)
Rappel des faits : Depuis 2008, Montpellier est une des seules grandes villes de France dirigée par la gauche sans les écologistes.
Pourquoi ? Nulle raison n’a jamais vraiment été avancée, sauf que… l’ancien Maire ne voulait pas des Verts, que l’alliance avait été privilégiée avec le Modem, et que de nombreux points de désaccords existaient.
Depuis 2009, un serpent de mer s’est installé, celui d’une “normalisation” des relations entre le PS montpelliérain et EELV. Cela ne s’est jamais concrétisé.
Voilà que l’affaire est relancée en septembre 2012, à 16 mois des prochaines échéances municipales, à 3 mois d’entamer la dernière année d’exercice budgétaire pleine et entière, à quelques mois de vraisemblables discussion avec toute la gauche sur les projets et les envies pour 2014-2020.
Nous avons ce samedi 29 septembre une assemblée générale des adhérents d’Europe-Écologie Les Verts pour nous prononcer collectivement sur notre volonté d’accepter ou non une proposition d’entrée d’EELV dans la majorité municipale montpelliéraine.
Trois raisons principales auraient dû nous amener à opposer un refus de principe à cet ultime tour de discussions avec la majorité municipale :
1. Il est trop tard pour le faire
2. Il est trop tard pour bien faire,
3. Il est trop tard pour que cela se fasse.
1. Il est trop tard pour faire ce qui aurait pu être fait il y a plus de 4 ans. En mars 2008, les électeurs nous ont confié la responsabilité d’un programme, pas d’une alliance. Si ce rassemblement n’a pas eu lieu alors, c’est parce que la majorité municipale n’a pas souhaité le faire. Elle souhaitait mettre en évidence un autre programme que le nôtre. Les choses ont-elles changé ? La majorité municipale actuelle vient-elle nous chercher pour enfin sortir par le haut de l’infernal et ubuesque scénario de doublement de l’A9 ? Ou pour mettre en œuvre rapidement une conversion de la cuisine centrale au bio et aux circuits courts ? Pour renforcer sa volonté d’évaluer avec rigueur les délégations de services publics de l’eau et du stationnement ? Non. De ce point de vue, rien n’a changé.
Cet ultime appel au rassemblement n’est pas motivé par une nouvelle orientation politique, mais par la nécessité exogène d’organiser une énième partie de chaises musicales du fait du respect, par deux adjoints socialistes, de leur engagement de ne pas cumuler ce mandat avec leur nouveau mandat de député. Ce n’est pas notre histoire.
2. Il est trop tard pour bien faire ce que nous pourrions espérer faire. Et personne dans ce jeu de négociation n’en est dupe. À 16 mois du renouvellement de la municipalité, alors que la bataille pour la succession du maire est déjà publiquement lancée, et que les budgets de la dernière année pleine d’exercice sont en ultime écriture, la capacité opérationnelle d’élus écologistes nouvellement investis de délégations exécutives serait très faible. En terme d’action publique, le bilan que nous pourrions collectivement tirer de ce rassemblement dans la dernière ligne droite du mandat serait très hypothétique, et au final très mince.
En revanche, et la presse l’a déjà analysé en ce sens, nous donnerions des gages à l’un ou l’autre des protagonistes d’une lutte interne à l’actuelle majorité municipale, lutte qui nous est étrangère. Et nous prenons un double risque :
– celui d’être associés à un bilan municipal qui n’est pas le nôtre, dont nous contestons largement l’efficacité et la pertinence ;
– celui de nous affaiblir dans les discussions que nous aurons très vite à mener avec les autres composantes de la gauche en vue des prochaines élections municipales.
3. Il est trop tard pour que cela se fasse sans que nos valeurs en soient écornées. Le groupe des élus écologistes a malheureusement subi de profondes transformations depuis 2008. L’entrée dans la sphère exécutive municipale de 3 hommes, dont deux dépositaires de mandats importants, un conseiller général et un parlementaire, entrée rendue possible par la démission de deux adjoints socialistes qui respecteraient ainsi un engagement anticumul, quelle image donnerait donc cette tournure malheureuse ?
Celle d’un parti qui clame haut et fort son respect de la parité et son engagement contre le cumul des mandats ?
Prendrions-nous le risque de ternir notre image pour de très hypothétiques gains sur quelques réalisations municipales de dernière ligne droite, et un silence poli sur l’absence d’accord de fond sur les sujets qui nous fâchent avec le productivisme ?
Il est trois fois trop tard pour accepter d’entrer dans la majorité municipale.
Trop tard pour effacer quatre ans perdus à ne pas faire avancer des dossiers importants pour les Montpelliérains. Trop tard pour espérer en tirer de substantiels gains en termes de réalisations d’intérêt général. Trop tard pour le faire en respectant nos valeurs.
Il n’est en revanche pas trop tard pour refuser de le faire. Refusons le miroir aux alouettes d’une union de dernière minute qui nous est présentée avec la plus grande maladresse, et gardons à tout coup intactes nos possibilités d’entraîner avec nous le plus grand nombre de Montpelliérains lors du désormais si proche renouvellement de la municipalité.
François

et aussi

Ça va toujours mieux en le disant

Je ne me faisais pas d’illusion, la position que j’ai défendue hier en Assemblée Générale d’Europe Écologie Les Verts, demandant de repousser l’accord avec la majorité municipale, fut minoritaire.

Je continue de penser que cet accord intervient soit trop tard, et notamment trop tard pour que les élus écologistes puissent mener de véritables politiques, soit trop tôt, parce qu’il risque d’interférer avec une discussion qu’il va falloir mener très largement, et de la façon la plus ouverte possible, avec tous les partenaires de la gauche, pour réussir l’échéance municipale de 2014-2020.

L’accord est désormais suspendu à l’acceptation de la majorité municipale, ce qui n’est guère confortable. C’est en tout cas ce que je souhaitais à tout prix éviter.

Par ailleurs, sa concrétisation est repoussée au conseil municipal du 12 novembre, ce qui renforce mes craintes quant aux possibilités réelles d’action de nos élus. La question de la gouvernance de l’agglomération n’y est en rien réglée, et c’est une inquiétude lorsqu’on sait l’importance que revêtent pour nous, écologistes, les compétences d’une grande agglomération en matière d’environnement, de cadre de vie, de cohésion sociale, et de projection du territoire.

C’est donc un pari stratégique. Comme un pile ou face. Quelle qu’en soit l’issue, nous l’affronterons collectivement, parce que c’est aussi le sens que nous voulons donner à notre engagement, parce que c’est ainsi que nous espérons créer une nouvelle dynamique politique, sociale, économique, culturelle, pour ce territoire.

C’est la seule chose vraiment importante. La souffrance, la violence, la cruauté des crises écologiques, économiques, sociales, appellent que toutes les énergies se réunissent. Intelligemment, en se respectant, en partageant des volontés.

Il n’y a en tout cas que comme ça que l’engagement a un sens.

De qui ?

D’où ça parle

Je suis arrivé dans cette région à la fin de l’année 1991. Je venais de passer plus de quatre ans à Paris, et j’avais besoin d’un nouveau départ.

J’ai fini la première partie de mes études très tôt, j’avais tout juste 20 ans quand j’ai été diplômé de science-po Lyon. Fin 1986, les manifestations étudiantes m’ont propulsé sur une scène de l’action, celle d’une marche de résistance victorieuse contre un gouvernement de vieux, réactionnaires et aveugles du changement qui s’opérait sous leurs yeux. Je voulais être un journaliste, un observateur, je suis devenu un acteur de la société. Mon diplôme en poche, je suis parti à Paris, suivant une filière de formation politique désormais connue : le syndicalisme étudiant, puis, très rapidement, un poste de « professionnel de la politique » au service d’un des multiples sous-courants du PS d’alors.
En 1990, après le tristement célèbre Congrès de Rennes, l’inutilité de mes combats internes m’a frappé de plein fouet. J’ai décidé de changer, tant qu’il en était encore temps, avec la ferme conviction de ne plus jamais vivre d’une activité politique, et de garder, toujours, ma parole libre.
Je suis arrivé à Montpellier pour reprendre des études. Comme beaucoup de ceux d’entre nous qui sont arrivés ici par un tournant de leur vie, j’ai d’abord été conquis par la beauté du ciel et des pierres. Puis par les terrasses et les places. Et par cette nouvelle productivité, loin des temps de transports parisiens.
Et comme beaucoup d’entre nous, j’ai connu des déceptions. Pas suffisantes pour que je reparte. Des déceptions sympathiques.
Il y a peu de travail, les amitiés peuvent être très superficielles, l’intégration aux sociétés locales n’est pas facile. Mais la découverte de cet art de vivre languedocien, si doux, est un moment exaltant.
Je suis resté. Ma compagne d’alors a trouvé du travail et m’a rejoint. Nous nous sommes installés. Notre premier enfant est né ici.
J’ai pris un autre départ. Une bourse de recherche, des études doctorales de science politique, et dix années de recherche fondamentale dans l’un des nombreux centres de recherche CNRS d’ici, à me spécialiser dans l’analyse des politiques publiques, et notamment territoriales.
Au bout de cette décennie, sans poste fixe, nous avons, à quelques-uns, conclu que produire du savoir pour le seul cénacle de nos pairs universitaires et chercheurs ne permettrait pas de changer vite le monde que nous analysions. Nous sommes sortis des sphères universitaires pour monter une structure privée de recherche opérationnelle et d’observation des politiques publiques, en prise directe avec les collectivités et les acteurs sociaux.
Durant toute cette période, j’ai continué à essayer de militer au Parti Socialiste. Je n’arrivais pas à me taire. Ni à faire allégeance à quelque baron que ce soit. Relégué dans les minorités critiques, écarté des cercles de décision, y compris des marchés publics des collectivités dirigées par le PS, je suis allé construire mon expérience ailleurs. Expérience professionnelle, expérience politique.
Lorsque Europe Ecologie s’est créé, secouant ce parti des Verts trop souvent impuissant à agir, j’ai vu l’opportunité d’une autre façon de militer, de faire de la politique autrement.De ces 20 années passées dans des partis issus du mouvement ouvrier, je retiens surtout que, dans l’organisation interne, aucun d’entre eux n’a su construire un mode de « gouvernance » qui ne soit pas calqué sur les principes mêmes de l’organisation sociale, politique et économique qu’ils étaient censés combattre : le capitalisme. Au Parti Socialiste, mais aussi dans les plupart des partis issus du « mouvement ouvrier », la conquête du pouvoir démocratique s’appuie d’abord sur l’accaparation des ressources internes, l’accumulation de « capitaux » politiques (les mandats internes et externes) et économiques (la capacité ouverte par la détention de mandats de financer des équipes politiques).

Des structures pyramidales, fortement hiérarchisées, rendant impossible l’ouverture et la diversité des organes de décision.
Observateur des politiques territoriales, j’ai pu constater la lente atrophie du contenu politique des décisions des collectivités territoriales, obnubilées par la gestion, perdant de vue des objectifs fondamentaux de leurs institutions, asséchant largement le sens de leurs actions.
La gauche traditionnelle est devenue impuissante à penser la société parce qu’elle reste largement ancrée sur des visions passéistes : la notabilité, et la croissance économique.
La notabilité, c’est ce système de captation des ressources politiques au profit d’une oligarchie, entretenu par le cumul dans le temps et dans l’espace des mandats de représentations et de gestion. La notabilité empêche non seulement la gauche de faire évoluer son audience au sein du peuple souverain, favorisant l’émergence de contestations radicales de la part de ceux qui se sentent, à raison, exclus du système traditionnel, mais l’empêche également d’être à l’écoute des changements, des mutations profondes qui naissent dans la société. Le système de pouvoir assumé par la gauche traditionnelle lui construit donc des frontières indépassables. Elle est contestée par ceux qui ont peur du changement, et par ceux qui le propulsent.
La croissance économique, cette croyance née dès la fin du 19° siècle que l’avancée des droits sociaux et politiques était liée à la continuation de l’accumulation des richesses accaparées par les élites économiques, dont il s’agissait finalement de décider des clés de répartition, a fini par servir de point d’aveuglement de la « pensée économique de gauche ». C’est oublier deux choses fondamentales :
notre monde est un monde fini. Ses ressources ne se régénèrent pas au rythme de leur consommation. Il est donc impossible de prétendre que la croissance, liée majoritairement à l’exploitation des ressources naturelles, puisse être infinie.
le rôle d’une force de contestation des inégalités doit d’abord être de promouvoir d’autres formes d’organisations sociales et économiques que celles défendues par le capitalisme. Les modes de production coopératifs, l’organisation des circuits courts, le combat contre l’idée aliénante que la consommation ferait le bonheur, sont autant de fondamentaux perdus de vue par les forces de gauche traditionnelles.

C’est cela, avant tout, que je recherchais, dans Europe Ecologie Les Verts. Je l’ai trouvé un temps. Puis ce parti s’est refermé sur ses vieilles impuissances. La violence des échanges internes finissent par dépasser les avantages d’une vraie liberté de paroles. Les clans ressurgissent, au gré des échéances électorales. Et puis il y a eu les douloureux épisodes de clientélisme, cette maladie honteuse de la politique. Adhésions achetées, parfois même volées, déni de démocratie, au profit d’ambitions ridicules, que leurs porteurs n’étaient même pas capables d’assumer. Et puis la lassitude de voir qu’une grande partie de l’appareil militant se passionne pour les conflits internes, y lance son énergie, quitte à laisser des cicatrices relationnelles débiles. C’est tellement plus facile d’être un « diseux ». Je préfère essayer d’être un « faiseux ». Et de toute façon, le tournant présidentialiste de ce parti m’insupporte, à tous les échelons. Je veux du collectif, je veux me battre pour du bien commun. Ce combat, dans sa forme la plus politique, n’est que la continuation de ceux que j’ai pu mené en étant chercheur, journaliste ou observateur. J’ai construit, je crois, suffisamment de barrières pour ne pas être happé par ce « coté obscur de la force » qu’est la facilité à se faire pervertir et corrompre par le système que je combats. Mais ça me pose parfois de vrais dilemmes au moment de voter. Je ne peux pas adhérer aux discours qui peuvent se résumer, sans caricature excessive, à un « faites-moi confiance, je suis un bon chef, et pour les solutions, y’a qu’à, faut qu’on ».  Du coup, je préfère militer ailleurs, dans de la proximité, et parier sur l’intelligence plutôt que sur des réflexes pavloviens. J’aime l’écologie au concret, pas dans les discours. J’aime m’occuper du Jardin de la Reine, cet écrin magique de biodiversité urbaine, qui sert de point de rencontre aux réseaux de l’agriculture urbaine. J’aime promouvoir le vélo, la ville douce. J’aime l’idée qu’il faut préparer les gens, même à leur insu, au fait que le monde dans lequel ils vivent va bientôt s’effacer, et qu’il va leur falloir apprendre à se nourrir et à se déplacer autrement. J’aime écrire sur des choses complexes sans les réduire à de la bouillie pour idiots, et tant pis si ça fait de moi un éternel « intellectuel précaire ».
Mais ça me semble quand même dingue que tu ais pu lire jusque-là.

Photo : Laurent Vilarem